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SCI à l’IS : détenir ses murs professionnels avec le bon montage

Juin 10, 2026 | Fiscalité | 0 commentaire

La SCI à l’impôt sur les sociétés est une société civile immobilière qui acquitte elle-même l’impôt sur ses bénéfices, au lieu de répercuter les revenus locatifs sur la déclaration de ses associés. C’est le montage privilégié pour qu’une entreprise détienne les murs qu’elle occupe, en séparant l’immobilier de l’activité d’exploitation.

Le principe est simple : une SCI achète les bureaux et devient propriétaire des murs, tandis que la société commerciale signe un bail et devient locataire. Au lieu de verser un loyer à un tiers, l’entreprise le verse à une structure que ses propres dirigeants et salariés détiennent.

Cet article décrit chaque brique du montage : le rôle de la SCI, le choix entre l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés, le bail commercial qui relie les deux structures, l’arbitrage sur la TVA et la protection apportée par le pacte d’associés.

Source : cet article est tiré d’une interview avec Jean-Philippe Perrin, président d’Ingefii et conseiller en gestion de patrimoine, dans l’épisode « Comment Ingefii a acheté ses bureaux à 1 200 000 € » du podcast Ingefii.

Points clés à retenir

  • Deux structures distinctes : la SCI possède les murs, la société d’exploitation en est locataire via un bail commercial.
  • SCI à l’IR ou à l’IS : l’IR fait remonter les loyers sur la déclaration des associés, l’IS fait payer l’impôt à la société elle-même et permet d’amortir le bien.
  • Le bail commercial impose l’IS : une location professionnelle à une société commerciale oriente naturellement vers l’impôt sur les sociétés.
  • Franchise de TVA contre TVA réelle : le propriétaire choisit. La franchise évite de facturer la TVA sur le loyer, ce qui protège un locataire qui ne récupère pas 100 % de sa TVA.
  • Le pacte d’associés est indispensable : il organise à l’avance les règles entre associés, comme un contrat de mariage prépare le meilleur et évite le pire.

Qu’est-ce qu’une SCI et pourquoi séparer les murs de l’exploitation

La SCI, une société civile à objet immobilier

Une SCI, société civile immobilière, est une forme juridique de société civile dont l’objet est de détenir et de gérer un patrimoine immobilier. Elle se distingue de la société civile patrimoniale, plus large, par sa prépondérance immobilière : son actif est constitué de biens immobiliers. C’est l’outil de référence pour porter de la pierre à plusieurs.

La SCI réunit au moins deux associés. Chacun détient des parts proportionnelles à son apport, et la société est dirigée par un ou plusieurs gérants. Cette souplesse en fait une structure adaptée pour faire entrer plusieurs personnes au capital d’un même bien.

Pourquoi dissocier l’immobilier de l’activité

Loger les murs dans une SCI plutôt qu’à l’actif de la société d’exploitation présente plusieurs avantages. L’immobilier est protégé des aléas de l’activité commerciale : en cas de difficulté de l’entreprise, le bien n’est pas directement exposé. À l’inverse, la valeur de l’immobilier ne vient pas alourdir le bilan de l’exploitation.

Cette séparation prépare aussi la transmission et la revente. Les murs et le fonds de commerce peuvent être cédés indépendamment, ce qui ouvre des stratégies patrimoniales plus fines. C’est une logique que l’on retrouve dans toute optimisation fiscale combinant statut d’entrepreneur et patrimoine immobilier.

Le schéma : SCI propriétaire, société locataire

Dans le montage retenu par Ingefii, la SCI est propriétaire des bureaux et la société d’exploitation, le cabinet de conseil en gestion de patrimoine, en est locataire. Le loyer versé par l’exploitation alimente la SCI, qui rembourse le crédit immobilier. Au lieu d’enrichir un bailleur extérieur, chaque loyer construit le patrimoine des associés de la SCI. C’est tout l’intérêt de choisir d’acheter ses bureaux professionnels plutôt que de payer un loyer.

SCI à l’IR ou SCI à l’IS : quel régime choisir

La SCI à l’impôt sur le revenu

La SCI à l’impôt sur le revenu est dite transparente : elle ne paie pas l’impôt elle-même. Chaque associé déclare sa quote-part des loyers perçus sur sa propre déclaration fiscale, dans la catégorie des revenus fonciers. Ce régime convient bien à une SCI familiale détenant un bien résidentiel, par exemple un appartement loué en famille.

Son inconvénient principal pour un projet professionnel est qu’il ne permet pas d’amortir le bien. Les loyers sont imposés au barème de l’impôt sur le revenu de chaque associé, ce qui peut devenir lourd pour des associés déjà fortement imposés.

La SCI à l’impôt sur les sociétés

La SCI à l’impôt sur les sociétés acquitte elle-même l’impôt sur ses bénéfices, aux taux en vigueur de l’impôt sur les sociétés. Surtout, elle peut amortir comptablement la valeur du bien, ce qui réduit fortement le bénéfice imposable pendant la durée du crédit. C’est un levier puissant pour une détention longue.

Ce régime crée toutefois une contrepartie à la revente : l’amortissement pratiqué fait mécaniquement gonfler la plus-value imposable. Nous détaillons cette mécanique dans l’article consacré à l’amortissement et la plus-value d’une SCI à l’IS.

Tableau comparatif des deux régimes

Critère SCI à l’IR SCI à l’IS
Qui paie l’impôt Chaque associé sur sa déclaration La société elle-même
Catégorie d’imposition Revenus fonciers, barème IR Bénéfices au taux de l’IS
Amortissement du bien Non Oui
Usage type Bien résidentiel, SCI familiale Murs professionnels, bail commercial
Plus-value à la revente Régime des particuliers, abattements pour durée Plus-value professionnelle, majorée par l’amortissement

Le bail commercial entre la SCI et la société d’exploitation

Pourquoi un bail commercial impose l’IS

Quand la SCI loue les murs à une société qui exerce une activité commerciale, la relation prend la forme d’un bail commercial. Cette location à usage professionnel oriente naturellement la SCI vers l’impôt sur les sociétés. Le régime de l’impôt sur le revenu, pensé pour les revenus fonciers résidentiels, ne correspond pas à cette situation.

Pour Ingefii, le choix de l’impôt sur les sociétés découle directement de cette logique : l’occupant est une société d’exploitation à activité commerciale, liée à la SCI par un bail commercial. Le régime de l’IS s’impose comme le cadre cohérent.

Fixer un loyer au prix du marché

Le loyer entre la SCI et la société locataire doit respecter le prix du marché. Le fixer trop bas priverait la SCI de revenus, le fixer trop haut alourdirait artificiellement les charges de l’exploitation et attirerait l’attention de l’administration. Ingefii a fixé son loyer autour de 8 000 à 9 000 euros par mois, en cohérence avec les valeurs locatives de plein centre de Bordeaux.

Ce loyer doit aussi rester soutenable pour l’exploitation, idéalement sous le seuil de 8 à 10 % du chiffre d’affaires. L’équilibre entre prix de marché et capacité de l’entreprise est au cœur du montage.

Un loyer qui revient dans la structure

L’avantage central du montage est que le loyer ne sort pas du périmètre des associés. Versé par l’exploitation, il alimente la SCI, rembourse le crédit et construit la valeur du bien. Les dirigeants et les salariés associés s’enrichissent à mesure que le crédit s’amortit, là où un loyer classique aurait simplement disparu en charges.

Franchise de TVA ou TVA réelle : un choix à ne pas rater

Qui décide d’appliquer la TVA sur le loyer ?

C’est le propriétaire des murs, donc la SCI, qui décide d’assujettir ou non le loyer à la TVA. Deux options existent : la franchise de TVA, sans TVA sur les loyers, ou l’option pour la TVA réelle, avec TVA facturée. Ce choix conditionne aussi la possibilité de récupérer la TVA sur les travaux réalisés dans l’immeuble.

Le réflexe spontané serait d’opter pour la TVA réelle afin de récupérer les 20 % de TVA sur les travaux. Sur un chantier de 100 000 euros toutes taxes comprises, cela représente 20 000 euros récupérables. Mais ce calcul n’est pertinent que si le locataire récupère lui aussi sa TVA.

Pourquoi Ingefii a choisi la franchise de TVA

Ingefii a opté pour la franchise de TVA, donc sans TVA sur les loyers. La raison tient à l’activité du locataire : un cabinet de conseil financier perçoit des commissions qui ne sont pas toutes assujetties à la TVA. Il ne récupère donc pas 100 % de la TVA, mais une fraction calculée au prorata.

Dans ce cas, facturer la TVA sur le loyer reviendrait à renchérir la charge de 20 % sans contrepartie de récupération. Sur un loyer de 8 000 euros, cela ajouterait 1 600 euros par mois de TVA non récupérable. Le coût d’occupation passerait alors bien au-delà du seuil de 10 % du chiffre d’affaires, ce qui était inacceptable.

Quand la TVA réelle a du sens

L’arbitrage inverse vaut pour un locataire qui récupère intégralement sa TVA, par exemple une activité de conseil pur ou une entreprise du bâtiment. Pour ce profil, opter pour la TVA réelle permet de récupérer la TVA sur les travaux sans pénaliser le locataire, qui récupère lui aussi la TVA payée sur son loyer. Le bon choix dépend donc entièrement du régime de TVA de l’occupant.

Profil du locataire Récupération de TVA Choix conseillé
Conseil financier, commissions non assujetties Partielle (prorata) Franchise de TVA
Conseil pur, bâtiment, négoce Totale Option TVA réelle

Le pacte d’associés, contrat de mariage de la SCI

Anticiper le meilleur et le pire

Le pacte d’associés est un accord qui organise à l’avance les règles entre les associés d’une société. Il fonctionne comme un contrat de mariage : on prépare le meilleur et on évite le pire. Tant que tout se passe bien, il dort dans un tiroir. C’est dans les situations de conflit, de départ ou de décès qu’il révèle toute son utilité.

Dans une SCI qui réunit des dirigeants et des salariés, ce document est d’autant plus important que les associés n’ont pas le même poids ni les mêmes attentes. Le pacte fixe les conditions de cession des parts, les droits de chacun et la gouvernance.

Ce que le pacte doit prévoir

Un pacte d’associés solide encadre plusieurs points sensibles : les modalités d’entrée et de sortie des associés, les conditions de revente des parts, les clauses d’agrément pour éviter l’arrivée d’un tiers non souhaité, et la répartition des décisions. Plus la SCI compte d’associés, plus ces règles doivent être précises.

Rédiger ce type de document seul est risqué. Le recours à un conseil juridique est vivement recommandé, comme pour tout montage patrimonial complexe. Savoir quand consulter un avocat fiscaliste et à quel coût fait partie des arbitrages à mener en amont du projet.

Se faire accompagner sans tout déléguer

Monter une SCI à l’IS demande de l’humilité : un dirigeant gestionnaire de patrimoine n’est ni juriste ni expert-comptable. S’entourer d’un avocat, d’un expert-comptable et d’un conseil en financement permet de ficeler le dossier sans erreur. Cet accompagnement s’inscrit dans la logique des expertises juridiques et patrimoniales mobilisées par le cabinet Ingefii pour sécuriser les opérations de ses clients.

FAQ – La SCI à l’IS pour les murs professionnels

Faut-il choisir une SCI à l’IR ou à l’IS pour des murs professionnels ?

Pour des murs professionnels loués à une société commerciale via un bail commercial, la SCI à l’impôt sur les sociétés est généralement le bon choix. Elle permet d’amortir le bien et de réduire le bénéfice imposable pendant le crédit. La SCI à l’IR reste adaptée aux biens résidentiels détenus en famille.

Pourquoi séparer les murs et la société d’exploitation ?

Séparer les murs dans une SCI protège l’immobilier des aléas de l’activité commerciale et permet de céder le fonds et les murs indépendamment. La société d’exploitation devient locataire et verse un loyer à la SCI, qui rembourse le crédit. Le patrimoine se construit dans une structure dédiée et sécurisée.

Faut-il appliquer la TVA sur le loyer d’une SCI ?

Le choix dépend du locataire. Si l’occupant récupère 100 % de sa TVA, l’option pour la TVA réelle permet de récupérer la TVA sur les travaux. Si le locataire ne récupère qu’une partie de sa TVA, comme un cabinet financier, la franchise de TVA évite de renchérir le loyer de 20 % sans contrepartie.

Combien de capital social faut-il pour une SCI ?

Il n’existe pas de minimum légal pour le capital social d’une SCI, mais un montant significatif rassure la banque et reflète l’engagement des associés. Ingefii a constitué sa SCI avec 100 000 euros de capital social, complétés par un compte courant d’associé pour boucler le financement de l’acquisition.

Le pacte d’associés est-il obligatoire dans une SCI ?

Le pacte d’associés n’est pas obligatoire, mais il est fortement recommandé dès que la SCI compte plusieurs associés. Il organise la cession des parts, l’agrément des nouveaux entrants et la gouvernance. Il joue le rôle d’un contrat de mariage en anticipant les situations de conflit, de départ ou de décès.

Une SCI à l’IS peut-elle amortir un bien immobilier ?

Oui, la SCI à l’impôt sur les sociétés peut amortir comptablement la valeur du bâtiment, ce qui réduit le bénéfice imposable pendant la durée de détention. En contrepartie, cet amortissement augmente la plus-value imposable lors de la revente, un point à anticiper dans la stratégie de sortie.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Le choix d’un montage en SCI et de son régime fiscal dépend de votre situation. Pour toute opération, nous vous recommandons de consulter un avocat, un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine.

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