L’or en 2026 traverse une phase corrective marquée tout en restant soutenu par une demande structurelle des banques centrales. Après avoir atteint un sommet en janvier, le métal jaune a reculé d’environ 25 %, entrant dans une longue phase de congestion. Pourtant, au même moment, les banques centrales des pays émergents continuent d’acheter à coups de tonnes, avec 244 tonnes au premier trimestre 2026, en hausse de 3 % sur un an. Ce paradoxe apparent éclaire une dynamique de fond : certains cycles de long terme se poursuivent par-delà le bruit des marchés actions.
Cette configuration est rare. D’un côté, un positionnement spéculatif essoré, avec des paris baissiers tombés à des plus bas de cinq ans. De l’autre, une demande structurelle persistante portée par une logique de dédolarisation. Cet article explique pourquoi l’or recule alors que les banques centrales accumulent, en quoi cette correction ressemble davantage à une phase d’accumulation qu’à une raison de fuir, et comment intégrer cette lecture dans une allocation patrimoniale.
Source : cet article est tiré d’une analyse de marché menée par Chauncey Schmitt, Directeur de la Gestion Privée chez Ingefii et analyste des marchés financiers, dans l’épisode « Point de Marché du 23 juin 2026 » d’Ingefii.
Points clés à retenir
- Une correction significative : l’or se situe environ 25 % sous son sommet de janvier 2026, dans une longue phase de congestion après des excès en début d’année.
- Des banques centrales acheteuses : les banques centrales émergentes ont acheté 244 tonnes d’or au premier trimestre 2026, en hausse de 3 % sur un an, et restent nettes acheteuses sur 12, 24 et 36 mois.
- Un positionnement essoré : les paris baissiers sont tombés à des plus bas de cinq ans et les positions acheteuses ont été liquidées, signe que le réservoir de vendeurs s’épuise.
- Une logique de dédolarisation : les pays émergents achètent indépendamment du prix, tous les mois, depuis 18 à 24 mois, ce qui en fait un acheteur marginal qui soutient les cours.
- Une classe d’actifs sous-représentée : les clients privés détiennent moins de 2 % de leur patrimoine en or, contre 8 % dans les années 1980, à l’opposé des codes de l’excès observés sur la technologie.
Sommaire
- Pourquoi l’or recule de 25 % depuis janvier
- L’or est un marché de flux, pas un actif de rendement
- Les banques centrales émergentes, acheteuses indépendamment du prix
- La dédolarisation, moteur structurel de la demande
- Un positionnement essoré qui ressemble à une accumulation
- Comment intégrer l’or dans une allocation patrimoniale
- FAQ : l’or et les banques centrales en 2026
Pourquoi l’or recule de 25 % depuis janvier
L’or a connu une correction marquée en 2026, perdant environ 25 % par rapport à son sommet de janvier. Ce repli fait suite à des excès en début d’année, lorsque les cours de l’or, de l’argent et du platine avaient atteint des niveaux tendus. Le métal jaune est désormais entré dans une longue phase de congestion, c’est-à-dire une période de consolidation sans direction claire.
Le rôle de la concurrence obligataire
La principale explication du recul tient à la concurrence du marché obligataire. L’or ne génère aucun rendement, contrairement aux obligations qui versent un coupon. Quand le marché obligataire devient plus rémunérateur, certains investisseurs arbitrent en faveur des actifs qui délivrent du rendement, ce qui provoque des sorties sur l’or. Le discours faucon de la Fed, qui a fait anticiper deux voire trois hausses de taux d’ici la fin de l’année, a renforcé cette concurrence et fait baisser les métaux précieux. Nous détaillons ce tournant monétaire dans notre analyse du virage faucon de Kevin Warsh à la tête de la Fed.
Une correction comparable à celle de la tech
Le mécanisme de cette correction présente une symétrie instructive avec celle des valeurs technologiques. En début d’année, les flux sur l’or et les métaux précieux avaient atteint des excès, suivis d’un repli, exactement comme les flux records vers la technologie ont précédé la baisse de juin 2026. La différence tient au sens : là où l’excès d’optimisme précédait une baisse sur la tech, c’est aujourd’hui l’excès de pessimisme qui caractérise l’or. Cette lecture des flux comme indicateur contrarian est centrale, comme l’a montré la correction technologique partie du KOSPI.
L’or est un marché de flux, pas un actif de rendement
Comprendre l’or exige d’abandonner les repères classiques de valorisation. L’or n’est pas un actif de rendement : il ne génère ni free cash flow, ni marge, ni dividende. On ne peut donc pas dire que l’or est cher ou bon marché au sens où on l’analyse pour une action. Sa valeur dépend uniquement de l’équilibre entre acheteurs et vendeurs.
Pourquoi on ne peut pas dire que l’or est cher
Aucune métrique financière classique ne s’applique à l’or. Il n’a pas de bénéfice à analyser, pas de marge à comparer, pas de flux de trésorerie à projeter. C’est un marché de flux, où le prix se forme par la confrontation de l’offre et de la demande. Cette nature explique pourquoi l’analyse de l’or repose sur l’identification des acheteurs et des vendeurs structurels, plutôt que sur des ratios de valorisation. Cette spécificité en fait un actif à part dans une allocation, dont nous expliquons l’intérêt dans notre article sur les raisons d’intégrer l’or dans une allocation patrimoniale.
Lire les acheteurs et les vendeurs
Dans un marché de flux, l’enjeu est d’identifier qui achète et qui vend de façon structurelle. Quand un acheteur intervient tous les mois indépendamment du prix, il constitue un soutien durable aux cours. C’est précisément le cas des banques centrales des pays émergents, dont les achats réguliers forment un plancher de demande. Cette logique d’acheteur marginal est ce qui distingue la dynamique actuelle de l’or d’une simple correction technique.
Les banques centrales émergentes, acheteuses indépendamment du prix
Les banques centrales émergentes sont le moteur de la demande d’or en 2026. Alors que les particuliers et les institutionnels boudent le métal, ces grands acheteurs continuent d’accumuler à coups de tonnes. Cette demande officielle est la clé de lecture la plus importante du marché actuel.
Des chiffres qui restent solides
Les banques centrales émergentes ont acheté 244 tonnes d’or au premier trimestre 2026, en hausse de 3 % sur un an. Sur des fenêtres de 12, 24 et 36 mois, elles restent nettes acheteuses. Le rythme récent a certes ralenti, mais ce ralentissement traduit des contraintes budgétaires liées au choc énergétique sur certains acheteurs, et non une perte d’appétit. La demande de fond reste donc intacte malgré le tassement apparent.
Quels pays achètent ?
La demande émane de plusieurs régions émergentes. L’Est de l’Europe, avec la Pologne en tête, l’Asie, portée par la Chine et l’Inde, et l’Afrique, qui occupe une place plus modeste à l’échelle de son économie. À l’inverse, les pays développés qui détiennent déjà les plus grandes réserves mondiales, comme les États-Unis, la France et l’Allemagne, n’achètent plus. La France a même vendu une partie de ses réserves par le passé et n’en acquiert plus depuis longtemps. Ceux qui détiennent le plus d’or ne sont donc pas vendeurs, ce qui retire de l’offre potentielle du marché.
La dédolarisation, moteur structurel de la demande
La dédolarisation est la logique de fond derrière les achats des banques centrales émergentes. Ces pays cherchent à réduire leur dépendance au dollar dans leurs réserves de change, et l’or constitue une alternative neutre et reconnue. Ce mouvement n’est pas conjoncturel : il s’inscrit dans une tendance de plusieurs années.
Un mouvement engagé depuis 18 à 24 mois
La dédolarisation est en cours depuis maintenant 18 à 24 mois et constitue l’une des grandes tendances des prochaines années. Les banques centrales émergentes achètent des tonnes d’or tous les mois, indépendamment du prix, dans une logique de diversification de leurs réserves. Cet acheteur marginal, insensible au cours, soutient durablement le marché et le distingue d’un actif piloté par la seule spéculation de court terme.
Pourquoi ce moteur est durable
La durabilité de ce moteur tient à sa nature stratégique. Réduire l’exposition au dollar est une décision géopolitique de long terme, qui ne se renverse pas au gré des fluctuations de prix. Tant que cette volonté de diversification persiste, la demande officielle constitue un plancher pour les cours. Cette caractéristique fait de l’or un diversifiant fortement décorrélé du reste d’un portefeuille, un atout que nous valorisons dans notre approche de l’allocation d’actifs sans diluer la conviction.
Un positionnement essoré qui ressemble à une accumulation
Le second signal, contrarian, concerne le positionnement des investisseurs. Les paris baissiers sur l’or sont tombés à des plus bas de cinq ans et les positions acheteuses ont été liquidées. Ce nettoyage du positionnement est le signe que le réservoir de vendeurs s’épuise, ce qui crée les conditions d’une surprise à la hausse.
Le signe d’un excès de pessimisme
L’or présente aujourd’hui les caractéristiques inverses d’une bulle. Les investisseurs institutionnels sont plutôt négatifs sur la classe d’actifs, à un point qui ressemble à un excès. Les clients privés y consacrent moins de 2 % de leur patrimoine, contre 8 % dans les années 1980. On est donc à l’opposé des codes de l’excès observés sur les valeurs technologiques, où tout le monde se précipitait sur les mêmes actifs. Quand une classe d’actifs est boudée à ce point, il suffit d’une nouvelle favorable pour inciter les investisseurs à se repositionner.
La logique contrarian appliquée à l’or
La grille de lecture contrarian s’applique en miroir sur l’or. Quand tout le monde est positionné sur un actif, il faut sans cesse trouver de nouveaux acheteurs pour faire monter le cours, ce qui devient difficile. À l’inverse, une classe d’actifs délaissée peut accompagner un mouvement haussier dès qu’un catalyseur apparaît. La conjonction d’une demande structurelle persistante et d’un positionnement essoré fait davantage ressembler la correction actuelle à une phase d’accumulation patiente qu’à une raison de s’écarter. C’est une posture inverse de celle adoptée face aux excès de la correction technologique de juin 2026.
Comment intégrer l’or dans une allocation patrimoniale
Pour un investisseur de long terme, le contexte de 2026 maintient l’or comme un diversifiant pertinent. La combinaison d’une demande structurelle persistante et d’un positionnement liquidé plaide pour considérer la correction comme une opportunité plutôt que comme un signal de sortie. Calibrer la juste part d’un tel diversifiant dans un portefeuille relève d’un accompagnement en gestion privée de patrimoine.
L’or comme diversifiant décorrélé
L’or apporte une décorrélation forte par rapport aux actions et aux obligations, ce qui en fait un outil de diversification utile. Avec un cours qui a plongé d’environ 25 % et un positionnement essoré, le point d’entrée actuel apparaît plus favorable que dans une phase d’euphorie. Intégrer une part mesurée d’or dans un patrimoine répond à une logique de couverture et de réduction du risque global, non à une recherche de rendement. Cette réflexion sur la juste place de chaque actif selon le montant disponible est développée dans nos trois stratégies pour investir de 10 000 à 1 million d’euros en 2026.
Un scénario de réexposition à moyen terme
Le scénario de fond repose sur un possible reflux des rendements obligataires. Si les hausses de taux anticipées ne sont pas durables, comme le suggère un effet de base favorable sur l’inflation en 2027 et la vocation déflationniste de l’intelligence artificielle, les rendements obligataires pourraient se tarir. Dans ce cas, vers la fin 2027 ou le début 2028, les investisseurs institutionnels pourraient se réexposer à l’or, ce qui alimenterait un retour des flux. Cette perspective renforce l’intérêt d’une accumulation patiente pendant la phase de désintérêt actuelle.
FAQ : l’or et les banques centrales en 2026
Pourquoi le prix de l’or a-t-il baissé en 2026 ?
L’or se situe environ 25 % sous son sommet de janvier 2026, principalement à cause de la concurrence du marché obligataire. L’or ne génère aucun rendement, contrairement aux obligations. Quand le discours faucon de la Fed a fait anticiper des hausses de taux, les obligations sont devenues plus attractives, ce qui a provoqué des sorties sur l’or et les métaux précieux.
Combien d’or les banques centrales ont-elles acheté en 2026 ?
Les banques centrales émergentes ont acheté 244 tonnes d’or au premier trimestre 2026, en hausse de 3 % sur un an. Sur des fenêtres de 12, 24 et 36 mois, elles restent nettes acheteuses. Le rythme a légèrement ralenti en raison de contraintes budgétaires liées au choc énergétique, mais la demande de fond reste intacte.
Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l’or malgré la baisse ?
Elles achètent dans une logique de dédolarisation, pour réduire leur dépendance au dollar dans leurs réserves de change. Ce mouvement, engagé depuis 18 à 24 mois, est stratégique et de long terme : les pays émergents accumulent des tonnes d’or tous les mois indépendamment du prix. Cet acheteur marginal insensible au cours soutient durablement le marché.
Quels pays achètent le plus d’or actuellement ?
La demande émane principalement des pays émergents : l’Est de l’Europe avec la Pologne, l’Asie avec la Chine et l’Inde, et l’Afrique dans une moindre mesure. À l’inverse, les pays développés qui détiennent les plus grandes réserves, comme les États-Unis, la France et l’Allemagne, n’achètent plus, ce qui retire de l’offre du marché.
L’or est-il un bon investissement en 2026 ?
Le contexte de 2026 maintient l’or comme un diversifiant pertinent. La conjonction d’une demande structurelle persistante des banques centrales et d’un positionnement spéculatif essoré fait ressembler la correction à une phase d’accumulation plutôt qu’à un signal de sortie. L’or s’intègre dans une logique de couverture et de diversification, non de recherche de rendement.
Pourquoi ne peut-on pas dire que l’or est cher ou bon marché ?
Parce que l’or n’est pas un actif de rendement : il ne génère ni free cash flow, ni marge, ni dividende. Aucune métrique financière classique ne s’applique. C’est un marché de flux, où le prix se forme par la confrontation des acheteurs et des vendeurs. L’analyse repose donc sur l’identification des acheteurs structurels, comme les banques centrales, plutôt que sur des ratios de valorisation.
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour toute décision adaptée à votre situation, nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine.






