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Rémunération du dirigeant de holding : salaire, dividendes, PEE

Juin 11, 2026 | Patrimoine | 0 commentaire

La rémunération du dirigeant de holding correspond à l’ensemble des moyens par lesquels un chef d’entreprise extrait de la valeur de sa structure : salaire, dividendes, remboursement de compte courant et épargne salariale. L’enjeu n’est pas de choisir un seul canal, mais de les combiner pour optimiser à la fois le coût fiscal, le coût social et la protection sociale.

L’épargne salariale est le levier le plus souvent oublié des petites structures. Via le plan d’épargne entreprise, un dirigeant peut sortir une rémunération complémentaire dans un cadre fiscal et social bien plus léger que le salaire ou les dividendes. Avec la participation volontaire et les autres dispositifs, on peut dépasser 45 000 euros par bénéficiaire et par an.

Cet article détaille les trois grands canaux de rémunération, le fonctionnement de la participation volontaire en deçà de 50 salariés, l’intérêt du conjoint salarié et les contraintes à connaître. Le tout sans perdre de vue une règle de bon sens : la fiscalité ne doit jamais être le seul critère.

Source : cet article est tiré d’une interview avec Christelle Agogué, ingénieur patrimonial chez Ingefii, dans l’épisode « Holding : les réponses aux questions des dirigeants » du podcast Ingefii.

Points clés à retenir

  • Trois canaux de rémunération : salaire, dividendes et épargne salariale, à combiner plutôt qu’à opposer selon la situation du dirigeant.
  • Le salaire, le plus coûteux : il est le mode le plus chargé pour l’entreprise comme pour le dirigeant, mais il ouvre une protection sociale qu’on ne peut pas dissocier de la rémunération.
  • PEE possible dès un salarié : une holding peut mettre en place un plan d’épargne entreprise même avec très peu de salariés, parfois un seul.
  • Participation volontaire sous 50 salariés : possible par accord dérogatoire, elle permet de sortir 35 à 36 000 euros par bénéficiaire en déduction d’IS et exonération d’IR.
  • Plus de 45 000 euros cumulés : participation, versement volontaire, abondement et intéressement combinés peuvent dépasser 45 000 euros par bénéficiaire et par an.
  • Conjoint salarié : un conjoint qui travaille réellement dans la holding ouvre un second jeu de dispositifs d’épargne salariale et constitue ses propres droits à la retraite.

Les trois canaux de rémunération du dirigeant

Dans une holding soumise à l’IS, le dirigeant peut se rémunérer sous plusieurs formes : salaire, dividendes et remboursement de compte courant d’associé. L’arbitrage dépend de nombreux paramètres comme la tranche marginale d’imposition, le régime matrimonial ou la protection sociale recherchée. La tendance consiste souvent à mixer un salaire modéré, des dividendes et de l’épargne salariale.

Pourquoi le salaire est le canal le plus coûteux

Le salaire est le mode de rémunération le plus coûteux, à la fois pour l’entreprise et pour le bénéficiaire, en raison des cotisations sociales qui s’y attachent. On ne peut toutefois pas dissocier la rémunération de la protection sociale qu’elle finance. La pratique consiste généralement à caler le salaire sur le minimum nécessaire pour être couvert sur les points essentiels : maladie, retraite, prévoyance.

Dividendes et compte courant d’associé

Une fois le salaire calibré, le dirigeant peut se verser des dividendes, à condition que sa structure juridique le permette et qu’il ne soit pas contraint par des cotisations sociales rédhibitoires sur ces distributions. Le remboursement d’un compte courant d’associé constitue un troisième flux, non imposable puisqu’il s’agit du remboursement d’une avance, et qui suppose une gestion rigoureuse du compte courant d’associé et de la convention de trésorerie.

Le plan d’épargne entreprise dans une holding

Le plan d’épargne entreprise (PEE) est un dispositif d’épargne salariale qu’une holding peut mettre en place même avec très peu de salariés, voire un seul. L’enjeu est de bénéficier des avantages fiscaux et sociaux attachés à ce dispositif, qui sont nettement plus favorables que ceux du salaire ou des dividendes.

Quels avantages fiscaux et sociaux ?

Les sommes versées dans le cadre de l’épargne salariale sont déductibles du résultat imposable de la holding. Elles sont exonérées de cotisations sociales patronales, hors CSG, CRDS et forfait social éventuel. Pour le salarié bénéficiaire, elles sont exonérées d’impôt sur le revenu à condition de rester bloquées 5 ans dans le plan. Ce triple avantage explique l’intérêt du dispositif pour la rémunération du dirigeant.

Quels mécanismes composent le PEE ?

Le PEE regroupe plusieurs mécanismes complémentaires. La participation aux résultats, le versement volontaire du salarié, l’abondement de l’employeur et l’intéressement peuvent se cumuler dans la même enveloppe. L’abondement patronal peut atteindre jusqu’à 3 290 euros par an et par bénéficiaire (chiffre 2024), exonéré de charges. Chaque brique ajoute une capacité d’optimisation supplémentaire.

La participation volontaire en deçà de 50 salariés

La participation volontaire est un régime de partage des profits qu’une entreprise de moins de 50 salariés peut adopter alors qu’elle n’y est pas légalement obligée. C’est l’un des leviers les plus puissants et les plus sous-utilisés de la rémunération du dirigeant.

Pourquoi ce dispositif est si peu exploité ?

Au-delà de 50 salariés, un accord de participation est obligatoire. En deçà, la participation reste une simple possibilité, dérogatoire et conventionnelle. Or les chiffres sont parlants : le taux d’équipement en plan d’épargne entreprise des structures de moins de 50 salariés est inférieur à 20 %, et celui de la participation volontaire tombe à 4 %. Cette sous-utilisation tient surtout à une méconnaissance et à la réputation d’une ancienne réglementation jugée complexe.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2023 ?

La formule légale de calcul de la participation a longtemps fait peur, car elle pouvait aboutir à des montants peu intéressants. Depuis 2023, un changement de réglementation autorise, de manière dérogatoire, la mise en place d’une formule de calcul plus favorable que la formule légale. Cet assouplissement lève le principal obstacle qui freinait les petites structures, et ouvre un travail de pédagogie pour les experts-comptables, avocats et conseillers en gestion de patrimoine.

Quels garde-fous peut prévoir le dirigeant ?

La prime de participation bénéficie à l’ensemble des salariés, mais le dirigeant peut encadrer sa diffusion par des règles d’ancienneté, par exemple un versement à partir d’un, deux ou trois ans de présence, ou par paliers. Une méthodologie de calcul peut être définie selon la rémunération ou le temps de présence. Ces garde-fous permettent de maîtriser l’impact tout en fidélisant les salariés, dans une logique d’optimisation de la rémunération du dirigeant.

L’intérêt du conjoint salarié dans la holding

Le conjoint salarié est un levier d’optimisation conjugale lorsqu’il exerce une activité réelle dans la holding. S’il participe effectivement à la vie de l’entreprise, par exemple sur la partie administrative, commerciale ou juridique, il peut justifier d’un statut de conjoint collaborateur ou de conjoint salarié.

Quels leviers ouvre le statut de conjoint salarié ?

Le conjoint réellement salarié ouvre plusieurs avantages. Son salaire est déductible du résultat de la holding. Il accède aux dispositifs d’épargne salariale, PEE et plan d’épargne retraite collectif. Il peut bénéficier de l’abondement patronal au même titre que les autres salariés. Enfin, il constitue ses propres droits à la retraite, indépendamment de ceux du dirigeant.

Quelle vigilance sur le caractère réel de l’emploi ?

Le conjoint doit être salarié à titre réel, avec un contrat de travail, une fiche de poste documentée et une rémunération cohérente avec les fonctions exercées. L’administration contrôle le caractère éventuellement fictif de ces contrats. Un conjoint salarié de façade constitue un risque de redressement majeur, ce qui en fait l’un des points sensibles à anticiper, au même titre que les autres signaux d’alerte d’un contrôle fiscal et les erreurs à éviter.

Combien peut-on réellement sortir par bénéficiaire

Le montant que l’épargne salariale permet de sortir dépend de l’empilement des dispositifs. La participation volontaire seule permet d’atteindre 35 à 36 000 euros par bénéficiaire, en déduction d’IS, en exonération d’IR et avec un forfait social plus limité que sur les autres formes de rémunération.

L’effet cumulatif des dispositifs

En ajoutant le versement volontaire, l’abondement et l’intéressement à la participation, on dépasse 45 000 euros par bénéficiaire et par an. Pour un couple de dirigeants tous deux bénéficiaires, par exemple monsieur et madame, l’enveloppe peut atteindre de l’ordre de 90 000 euros par an dans le cadre fiscal et social du PEE. C’est un montant considérable au regard du coût d’une rémunération classique équivalente.

Dispositif Ordre de grandeur par bénéficiaire Cadre fiscal
Participation volontaire 35 à 36 000 euros par an Déduction d’IS, exonération d’IR
Abondement patronal (2024) Jusqu’à 3 290 euros par an Exonéré de charges
Cumul participation, versement, abondement, intéressement Plus de 45 000 euros par an Cadre PEE
Couple de dirigeants De l’ordre de 90 000 euros par an Cadre PEE

Quelle contrainte de blocage ?

La contrepartie de cet avantage est le blocage des sommes pendant 5 ans. Pour bénéficier de l’exonération d’impôt sur le revenu, les fonds versés sur le PEE doivent rester investis cinq ans. La première phase demande donc un effort de trésorerie personnelle. Bonne nouvelle : la liste des cas de déblocage anticipé s’est allongée et comprend des évènements positifs comme l’achat de la résidence principale, des travaux dans celle-ci, un mariage, une troisième naissance, et non uniquement des accidents de la vie.

Ne pas être obnubilé par la seule fiscalité

L’optimisation de la rémunération ne doit jamais être pilotée par la seule fiscalité. C’est encore plus vrai pour la rémunération que pour le reste du patrimoine, car la façon dont un chef d’entreprise se rémunère engage des enjeux de protection sociale tout aussi importants que l’économie d’impôt.

Pourquoi la protection sociale reste centrale

Minimiser le salaire pour réduire les charges peut sembler optimal sur le papier, mais cela réduit aussi la couverture maladie, la prévoyance et les droits à la retraite. L’arbitrage consiste à calibrer chaque canal en fonction des besoins réels de couverture, et non à maximiser mécaniquement l’enveloppe nette. La bonne structure de rémunération est celle qui équilibre coût, fiscalité et sécurité, dans une logique proche de celle développée pour l’optimisation fiscale du salarié, de l’entrepreneur et du patrimoine immobilier.

Calibrer plutôt que défiscaliser à tout prix

La conclusion est une question de calibrage. Il ne s’agit pas de tout sortir par le canal le moins taxé, mais de répartir intelligemment la rémunération entre salaire, dividendes et épargne salariale en fonction de la situation personnelle du dirigeant. Cet arbitrage s’articule étroitement avec la fiscalité de la structure elle-même, et notamment avec la fiscalité de la holding à l’IS, le taux réduit et le régime mère-fille qui déterminent le coût de la remontée des dividendes.

FAQ : rémunération du dirigeant de holding

Peut-on mettre en place un PEE dans une holding avec un seul salarié ?

Oui. Une holding peut mettre en place un plan d’épargne entreprise même si elle ne compte que très peu de salariés, parfois un seul. L’objectif est de bénéficier des avantages fiscaux et sociaux du dispositif : déductibilité des versements du résultat de la holding, exonération de charges patronales hors forfait social, et exonération d’impôt sur le revenu pour le bénéficiaire si les sommes restent bloquées 5 ans.

Combien peut-on sortir avec la participation volontaire ?

La participation volontaire permet de sortir 35 à 36 000 euros par bénéficiaire et par an, en déduction d’IS, en exonération d’impôt sur le revenu et avec un forfait social limité. En cumulant le versement volontaire, l’abondement et l’intéressement, on dépasse 45 000 euros par bénéficiaire. Pour un couple de dirigeants salariés, l’enveloppe peut atteindre de l’ordre de 90 000 euros par an.

La participation volontaire est-elle obligatoire en dessous de 50 salariés ?

Non. Au-delà de 50 salariés, un accord de participation est obligatoire. En deçà, la participation reste facultative, dérogatoire et conventionnelle. Seules 4 % des structures de moins de 50 salariés l’utilisent, alors qu’elle constitue un levier d’optimisation très puissant. Depuis 2023, une formule de calcul plus favorable que la formule légale peut être adoptée.

Quel est l’intérêt de salarier son conjoint dans la holding ?

Si le conjoint exerce une activité réelle (administrative, commerciale, juridique), il peut être salarié. Son salaire devient déductible du résultat de la holding, il accède aux dispositifs d’épargne salariale et à l’abondement patronal, et il constitue ses propres droits à la retraite. Attention toutefois : le contrat doit être réel, avec une fiche de poste et une rémunération cohérente, car l’administration contrôle les contrats fictifs.

Combien de temps les sommes du PEE sont-elles bloquées ?

Les sommes versées sur un PEE sont bloquées 5 ans pour bénéficier de l’exonération d’impôt sur le revenu. La liste des cas de déblocage anticipé s’est toutefois allongée et comprend des évènements de vie comme l’achat de la résidence principale, des travaux dans celle-ci, un mariage ou une troisième naissance. Après la première année débloquée, l’épargne entre dans un rythme de croisière.

Faut-il privilégier le canal le moins taxé pour se rémunérer ?

Non. La fiscalité ne doit pas être le seul critère. La rémunération du dirigeant engage aussi des enjeux de protection sociale : maladie, prévoyance, retraite. Minimiser le salaire réduit l’impôt mais aussi la couverture. Le bon arbitrage consiste à calibrer la répartition entre salaire, dividendes et épargne salariale selon les besoins réels de couverture et la situation personnelle, plutôt qu’à maximiser l’enveloppe nette.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal, social ou patrimonial personnalisé. Les montants indiqués sont des ordres de grandeur soumis à des plafonds réglementaires révisés chaque année. Pour calibrer votre rémunération, nous vous recommandons de consulter un expert-comptable, un avocat ou un ingénieur patrimonial.

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