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Private equity : comment sélectionner un bon fonds

Juin 1, 2026 | Patrimoine | 0 commentaire

Le private equity désigne l’investissement dans des entreprises non cotées en Bourse. Cette classe d’actifs affiche historiquement des rendements supérieurs à ceux des marchés actions cotés, mais sa performance dépend de façon décisive de la qualité du gérant. Bien choisir son fonds n’est donc pas un détail : c’est l’essentiel de la réussite d’un investissement en private equity.

Entre les sociétés de gestion qui se créent en nombre, les bonnes et les moins bonnes, comment faire le tri ? La réponse tient en quelques critères objectifs : la régularité du track record, l’engagement financier des gérants, et surtout la stabilité de l’équipe humaine. Cet article détaille la méthode de sélection d’un fonds de private equity, au-delà des promesses commerciales.

Source : cet article est tiré d’une interview avec Chauncey, Directeur Gestion Privée du cabinet Ingefii, dans l’épisode « Comment investir comme un pro de la gestion de patrimoine (guide complet) » de la chaîne Ingefii.

Points clés à retenir

  • Private equity : investissement dans des entreprises non cotées, avec un rendement qui bat historiquement les marchés actions cotés, au prix d’une forte illiquidité.
  • La performance dépend du gérant, pas de la taille du fonds. Lever 10 milliards ne garantit aucune surperformance : tout repose sur la méthode et l’humain.
  • Régularité des millésimes : un bon fonds enchaîne des performances stables. Un gérant qui alterne TRI de +31 %, puis -10 %, puis +30 % relève du pile ou face.
  • GP commitment : la part que les gérants investissent eux-mêmes dans le fonds. Plus elle est élevée, plus leurs intérêts sont alignés sur ceux des investisseurs.
  • Le facteur humain prime : si l’équipe à l’origine des performances quitte la société, l’historique perd toute valeur.
  • Carried interest : prime de surperformance prélevée par le gérant au-delà d’un certain rendement annuel, qui aligne sa rémunération sur les résultats.

Private equity : définition et surperformance

Le private equity consiste à investir dans des entreprises non cotées, c’est-à-dire qui ne sont pas échangées en Bourse. C’est l’une des rares classes d’actifs dont le rendement bat historiquement celui des marchés actions cotés. Cette surperformance s’accompagne d’une contrepartie majeure : une illiquidité radicale, le capital étant immobilisé pendant plusieurs années.

Cette classe d’actifs offre un ancrage direct dans l’économie réelle. Investir en private equity, c’est financer des sociétés non cotées et participer à leur développement, là où les marchés cotés peuvent paraître plus abstraits. Pour un patrimoine constitué, le private equity trouve naturellement sa place comme poche de diversification, aux côtés des actions, des obligations et des actifs réels, dans une logique d’allocation d’actifs équilibrée entre classes peu corrélées.

Une classe d’actifs longtemps réservée

Le private equity a longtemps été réservé aux investisseurs institutionnels et aux family offices, en raison de tickets d’entrée élevés et de durées d’engagement longues. Les seuils d’accès et la mécanique d’illiquidité de cette classe d’actifs sont détaillés dans notre panorama des outils patrimoniaux des grandes fortunes et de leurs seuils d’accès réels. L’essor des contrats en architecture ouverte a toutefois élargi l’accès, certains référençant désormais des fonds de private equity avec des tickets plus abordables. La question de l’allocation à y consacrer dépend largement du capital disponible, comme l’illustre notre comparatif des stratégies d’investissement selon que l’on dispose de 10 000, 100 000 ou 1 million d’euros.

Le track record et la régularité des millésimes

Le track record est l’historique de performance d’une société de gestion sur ses fonds successifs, appelés millésimes. C’est le premier critère d’analyse, et le plus révélateur. Une société qui a lancé huit, neuf ou dix fonds offre un recul précieux : on peut étudier le rendement moyen de chaque millésime et, surtout, la constance de ces résultats dans le temps.

La régularité prime sur le coup d’éclat

Un bon fonds se distingue par la régularité de ses performances, bien plus que par un coup d’éclat ponctuel. Un gérant qui réalise un TRI de 31 % une année, perd 10 % l’année suivante, puis regagne 30 %, ressemble davantage à du pile ou face qu’à une gestion maîtrisée. À l’inverse, une société capable de délivrer des performances stables millésime après millésime démontre la solidité de sa méthode. C’est cette régularité, et non la performance maximale isolée, qui doit guider la sélection.

Une méthode répétée plutôt qu’improvisée

Les meilleures sociétés de gestion appliquent la même méthode éprouvée à chaque nouveau fonds. Une maison qui a lancé dix fonds va répéter dix fois la même approche : acheter une société cible dans un secteur qu’elle connaît, savoir où agir pour optimiser sa rentabilité opérationnelle, puis intégrer d’autres entreprises autour pour consolider le marché. Cette stratégie dite de build-up porte d’autant mieux ses fruits qu’elle a déjà été exécutée de nombreuses fois : les erreurs qu’un nouvel entrant commettrait, une société expérimentée les a déjà rencontrées et corrigées.

L’exemple d’ICG

Un track record long et constant est le meilleur gage de sérieux. La société de gestion britannique ICG (Intermediate Capital Group), cotée à la Bourse de Londres, en offre un exemple frappant : pour son neuvième fonds, les huit précédents ont systématiquement atteint ou dépassé les objectifs annoncés, et ce sur une histoire de plus de trente ans. Une telle constance, vérifiable sur de multiples millésimes, constitue un signal de fiabilité que peu de jeunes sociétés peuvent revendiquer.

Le GP commitment : l’argent du gérant en jeu

Le GP commitment désigne la part que les gérants (general partners) investissent de leur propre argent dans le fonds qu’ils gèrent. C’est un indicateur d’alignement des intérêts particulièrement scruté. Lorsque les gérants engagent une somme significative à leurs côtés, ils ont tout intérêt à ne pas se tromper, puisque c’est aussi leur capital qui est en jeu.

Un signal d’alignement puissant

Plus le GP commitment est élevé, plus l’alignement entre gérants et investisseurs est fort. Si un fonds lève 10 milliards d’euros et que les gérants y placent 500 millions de leur poche, ils sont fortement incités à la performance : un échec se traduirait par une perte directe sur leur propre argent. Cette mécanique rassure les investisseurs et distingue les gérants réellement convaincus de leur stratégie de ceux qui se contentent de gérer l’argent des autres.

Une information accessible

Le GP commitment est une donnée généralement publique, consultable lors des périodes de levée. Les gérants qui engagent des sommes importantes ne s’en cachent pas, car c’est un argument rassurant pour les souscripteurs. Il convient toutefois de garder un regard critique : la communication d’une société en levée de fonds reste du marketing, avec ses bons et ses mauvais côtés. Le GP commitment doit se lire en complément du track record et de l’analyse de l’équipe, jamais isolément.

Le facteur humain : l’équipe avant l’historique

En private equity, la performance repose avant tout sur l’humain, et non sur la taille du fonds. Ce n’est pas parce qu’une société lève 10 milliards d’euros qu’elle réalisera une performance exceptionnelle. Les meilleures maisons se distinguent par leur capacité à s’impliquer concrètement dans les entreprises qu’elles rachètent, en y apportant expertise et méthode.

Pourquoi la stabilité de l’équipe est décisive

Un track record n’a de valeur que si l’équipe qui l’a bâti est toujours en place. Imaginons une société affichant vingt fonds aux performances remarquables : si toute l’équipe responsable de ces résultats vient de partir pour fonder une structure concurrente, l’historique ne vaut plus rien. La performance était attachée à des personnes, pas à une enseigne. C’est pourquoi le suivi des départs et de la continuité des équipes est un critère de sélection à part entière.

L’implication dans l’économie réelle

Les meilleurs gérants créent de la valeur en transformant les entreprises, pas seulement en les achetant. Ils savent identifier les leviers d’optimisation de la rentabilité opérationnelle, intégrer de nouvelles sociétés et consolider un secteur. Ce modèle, ancré dans l’économie réelle, distingue le private equity de qualité d’une simple gestion financière passive. La valeur ajoutée du gérant se mesure à sa capacité à faire grandir les sociétés de son portefeuille.

Frais, carried interest et performance nette

La rémunération d’un gérant de private equity combine des frais de gestion et un carried interest, c’est-à-dire une prime de surperformance. Comprendre cette structure permet de juger l’alignement des intérêts et de lire correctement les performances annoncées.

Le carried interest, prime de surperformance

Le carried interest est une prime que le gérant prélève au-delà d’un certain seuil de rendement annuel. Concrètement, le gérant ne touche cette part de surperformance que si le fonds dépasse un taux de rendement défini à l’avance. Ce mécanisme aligne sa rémunération sur les résultats réellement délivrés : il gagne davantage si, et seulement si, les investisseurs gagnent davantage. On retrouve là une logique de rémunération à la performance proche de celle évoquée pour la gestion active capable de battre durablement son indice de référence.

Lire les performances nettes

Les performances de private equity s’apprécient nettes de frais, le rendement brut étant mécaniquement supérieur. Lorsqu’un fonds affiche par exemple un rendement net, ce chiffre tient déjà compte des frais de gestion et du carried interest : la performance brute, avant ces prélèvements, est donc plus élevée encore. Cette lecture nette est essentielle pour comparer objectivement un fonds à une autre classe d’actifs.

Une exigence de prudence

Les performances passées ne préjugent jamais des performances futures, même chez les meilleures sociétés. Une maison au track record irréprochable peut connaître un millésime moins favorable. L’objectif d’une sélection rigoureuse n’est pas de garantir le résultat, mais de mettre toutes les chances de son côté : régularité, alignement des intérêts et stabilité de l’équipe réduisent le risque sans l’annuler. C’est précisément la définition d’un investissement à risque maîtrisé.

Pourquoi le private equity ne se compare pas aux indices cotés

Le private equity ne se compare pas directement à un indice actions comme le S&P 500, car les deux univers obéissent à des logiques distinctes. Mettre en regard la performance d’un fonds de private equity et celle d’un indice coté a peu de sens : la corrélation entre les deux est faible et les modes de valorisation n’ont rien de commun. Historiquement, un bon fonds de private equity a d’ailleurs largement dépassé les indices actions cotés, mais cette comparaison reste à manier avec prudence.

L’illiquidité, contrepartie de la surperformance

La surperformance du private equity se paie par une immobilisation longue du capital. Les fonds professionnels engagent les souscripteurs sur des durées de l’ordre de huit à douze ans, sans possibilité de retrait pendant la période. Cette illiquidité radicale est précisément ce qui permet aux gérants de transformer les entreprises dans la durée, sans la pression du court terme qui pèse sur les sociétés cotées. L’investisseur renonce à la liquidité en échange d’un potentiel de rendement supérieur.

Un investissement dans l’économie réelle

Investir en private equity revient à financer directement des entreprises non cotées et leur croissance. Là où un indice coté peut sembler abstrait, cette classe d’actifs offre un ancrage concret : le capital sert à acquérir, développer et consolider des sociétés réelles. Cette dimension explique son attrait croissant, à condition de respecter une méthode de sélection fondée sur la régularité des millésimes, l’alignement des intérêts et la stabilité des équipes.

FAQ – Sélectionner un fonds de private equity

Qu’est-ce que le private equity ?

Le private equity est l’investissement dans des entreprises non cotées en Bourse. Il offre historiquement un rendement supérieur aux marchés actions cotés, en contrepartie d’une forte illiquidité : le capital est immobilisé plusieurs années. C’est une classe d’actifs ancrée dans l’économie réelle, longtemps réservée aux institutionnels et aux family offices.

Comment choisir un bon fonds de private equity ?

On examine d’abord le track record et la régularité des millésimes, puis le GP commitment (la part investie par les gérants eux-mêmes) et enfin la stabilité de l’équipe. La performance dépend du gérant et de sa méthode, pas de la taille du fonds. Un historique long et constant, comme celui d’ICG sur plus de trente ans, est un signal de fiabilité.

Qu’est-ce que le GP commitment ?

Le GP commitment est la somme que les gérants (general partners) investissent de leur propre argent dans le fonds qu’ils gèrent. Si un fonds lève 10 milliards et que les gérants y placent 500 millions, l’alignement avec les investisseurs est fort : c’est aussi leur capital qui est en jeu. Plus ce montant est élevé, plus le signal est rassurant.

La taille d’un fonds garantit-elle sa performance ?

Non. Lever 10 milliards d’euros ne garantit aucune surperformance. En private equity, la performance repose sur l’humain : la qualité de l’équipe, sa méthode et son implication dans les entreprises rachetées. Si l’équipe à l’origine des bons résultats quitte la société, l’historique perd toute valeur.

Qu’est-ce que le carried interest ?

Le carried interest est une prime de surperformance prélevée par le gérant au-delà d’un certain seuil de rendement annuel. Le gérant ne la touche que si le fonds dépasse ce seuil, ce qui aligne sa rémunération sur les résultats. Les performances de private equity sont communiquées nettes de ces frais, le rendement brut étant supérieur.

Le private equity est-il risqué ?

Comme tout investissement, oui : les performances passées ne préjugent pas des performances futures et le capital est immobilisé plusieurs années. Une sélection rigoureuse (régularité des millésimes, GP commitment élevé, équipe stable) ne supprime pas le risque mais le réduit. Le private equity s’intègre comme une poche de diversification dans une allocation globale.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Le private equity comporte un risque de perte en capital et une forte illiquidité, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour évaluer la pertinence de cette classe d’actifs dans votre situation, nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion privée de patrimoine.

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