LE GROUPE MÉTHODE ÉQUIPE Partners
Media
a
LE GROUPE Expertises MÉTHODE ÉQUIPE
Media
partners

Hausse des taux : pourquoi les actions résistent en 2026

La hausse des taux pèse normalement sur les actions : quand le rendement des obligations monte, les bénéfices futurs des entreprises valent moins aujourd'hui et le placement sans risque devient plus attractif. C'est ce qui s'est produit en 2022, quand le relèvement brutal des taux directeurs a fait chuter les marchés actions, en particulier les valeurs technologiques.

En 2026, le scénario semble démenti. Les taux longs ont fortement remonté, le 10 ans américain évolue autour de 5 % et le taux français tutoie le même niveau, et pourtant de nombreuses actions et plusieurs grands indices évoluent près de leurs sommets historiques. Beaucoup d'investisseurs y voient une anomalie de marché, voire le signe d'une bulle.

La réalité est plus subtile. La règle classique s'est bien appliquée cette année, mais sous la surface : ce ne sont pas les cours qui ont baissé, ce sont les multiples de valorisation. Cet article explique pourquoi les taux pèsent sur les actions, comment la croissance des bénéfices a masqué cet effet en 2026, et ce que cela implique pour un portefeuille.

Source : cet article est tiré de la vidéo « Obligations françaises à 5 % : le risque de duration expliqué simplement » de la chaîne Ingefii.

Points clés à retenir

  • L'actualisation des bénéfices : la valeur d'une action correspond à ses bénéfices futurs ramenés à aujourd'hui avec les taux actuels. Plus les taux montent, moins ces bénéfices valent.
  • Les valeurs de croissance sont les plus exposées : leur valorisation repose sur des profits lointains, donc plus sensibles au taux d'actualisation.
  • La concurrence des obligations : avec un emprunt d'État américain à 5 % au lieu de 1 %, l'argument « il n'y a pas d'alternative aux actions » ne tient plus.
  • Les multiples ont baissé en 2026 : le S&P 500 se payait 22 à 23 fois ses bénéfices en début d'année, contre environ 19 fois aujourd'hui, alors même que les cours ont monté.
  • Les bénéfices tiennent la machine : la croissance des bénéfices du S&P 500 approche 30 % au deuxième comme au troisième trimestre 2026, plus vite que la hausse des cours.

Pourquoi la hausse des taux fait normalement baisser les actions

Ce que l'on paie quand on achète une action

Une action est un titre de propriété sur une partie d'une entreprise, qui donne droit à une part de ses bénéfices présents et futurs. Quand un investisseur achète une action, il ne paie donc pas seulement les profits de l'année : il paie l'ensemble des profits que l'entreprise devrait générer dans les années à venir. C'est pour cette raison qu'une société qui croît de 20 % par an se paie plus cher qu'une société qui stagne, et c'est parfaitement logique.

Qu'est-ce que l'actualisation des cash-flows ?

L'actualisation consiste à ramener à leur valeur d'aujourd'hui des flux d'argent qui seront perçus plus tard. Un euro encaissé dans dix ans vaut moins qu'un euro encaissé aujourd'hui, car l'euro d'aujourd'hui peut être placé et rapporter des intérêts entre-temps. La règle financière impose d'actualiser les cash-flows futurs d'une entreprise, c'est-à-dire ses résultats futurs, avec les taux d'intérêt actuels.

La conséquence est mécanique. Lorsque les taux progressent, le taux d'actualisation augmente, et la valeur présente des bénéfices futurs diminue. À bénéfices inchangés, une hausse des taux fait donc baisser la valeur théorique d'une action. C'est ce qui explique qu'en temps normal, une remontée des taux s'accompagne d'une baisse des actions.

Un exemple chiffré d'actualisation

Prenons un bénéfice de 100 € qu'une entreprise encaissera dans le futur. Avec un taux d'actualisation de 1 %, ce bénéfice perçu dans trois ans vaut aujourd'hui environ 97 €, et environ 90 € s'il est perçu dans dix ans. Avec un taux de 5 %, les mêmes 100 € ne valent plus qu'environ 86 € à trois ans et environ 61 € à dix ans.

Bénéfice de 100 € perçu dansValeur actuelle avec un taux à 1 %Valeur actuelle avec un taux à 5 %Écart
3 ansenviron 97 €environ 86 €-11 %
10 ansenviron 90 €environ 61 €-32 %

L'enseignement est double. D'abord, le passage d'un monde à 1 % à un monde à 5 % réduit fortement la valeur présente de tous les profits futurs. Ensuite, plus le profit est éloigné, plus la perte est lourde : elle est trois fois plus forte à dix ans qu'à trois ans. Cette asymétrie explique pourquoi certaines entreprises encaissent beaucoup mieux que d'autres un changement d'environnement monétaire.

Le précédent de 2022

L'année 2022 en est l'illustration la plus récente. Face à une inflation qui dépassait 8 % aux États-Unis, la Réserve fédérale a relevé ses taux à un rythme inédit depuis des décennies. Les obligations ont subi l'une de leurs pires années, et les marchés actions ont nettement reculé, avec une chute particulièrement marquée pour les valeurs technologiques. La règle avait joué pleinement : taux en hausse, valorisations en baisse, cours en baisse.

Valeurs de croissance et valeurs value : qui souffre le plus ?

Deux grandes familles d'actions

Dans l'univers des actions, on distingue grosso modo deux types d'entreprises. Les valeurs de croissance sont des sociétés dont le chiffre d'affaires et les bénéfices progressent rapidement, comme Alphabet ou Microsoft. Les valeurs dites « value » sont des entreprises plus matures, qui ne coûtent pas très cher, n'affichent pas une croissance délirante, mais vivent leur vie de manière classique et régulière.

Pourquoi les valeurs de croissance paient plus cher la hausse des taux

Les valeurs de croissance se paient sur des ratios de valorisation beaucoup plus élevés, car leur prix intègre dès aujourd'hui le potentiel de bénéfices qu'elles généreront demain. Or ces bénéfices sont lointains, et plus un flux est éloigné dans le temps, plus l'actualisation le pénalise quand les taux montent. Une société dont l'essentiel de la valeur repose sur les profits de 2030 ou 2035 est beaucoup plus sensible au taux d'actualisation qu'une société qui distribue l'essentiel de ses bénéfices dès maintenant.

C'est pourquoi, lorsque les taux remontent, les valeurs de croissance ont tendance à chuter davantage que les valeurs value. Elles sont, en quelque sorte, les obligations à longue duration du marché actions : leur prix réagit fortement à la moindre variation des taux.

Vos placements sont-ils alignés avec ce contexte ?

Être rappelé sous 24 h

Confidentiel · sans engagement

CaractéristiqueValeurs de croissanceValeurs value
ExemplesAlphabet, MicrosoftBanques, énergie, industrie mature
Croissance des bénéficesÉlevéeModérée
Multiple de valorisationÉlevéFaible
Sensibilité aux tauxForte (profits lointains)Plus faible (profits proches)

La distinction croissance contre dividende est-elle pertinente ?

On oppose souvent les actions de croissance aux actions qui versent des dividendes, comme s'il s'agissait de deux stratégies concurrentes. Cette lecture est trompeuse : le dividende n'est pas un critère de qualité en soi, et une entreprise qui sait réinvestir ses bénéfices à un taux élevé crée souvent plus de valeur qu'une entreprise qui les distribue. Nous développons ce point dans notre article sur les actions à dividendes et le mirage du rendement distribué.

La fin du « TINA » : quand les obligations concurrencent les actions

Qu'est-ce que le TINA ?

TINA est l'acronyme anglais de « There Is No Alternative », « il n'y a pas d'alternative » aux actions. L'expression s'est imposée chez les investisseurs américains pendant la longue décennie qui a suivi la crise de 2008, quand les taux étaient au ras des pâquerettes. Avec des obligations qui ne rapportaient presque rien, les actions restaient le seul moyen d'obtenir un rendement correct.

Pourquoi les flux se déplacent entre classes d'actifs

Le second effet de la hausse des taux est un sujet très simple de flux et de concurrence entre classes d'actifs, qui fonctionnent comme des vases communicants. Quand l'emprunt d'État américain rapporte 1 %, un investisseur n'a pas envie d'acheter un titre aussi peu rémunérateur : il se tourne vers les actions, malgré leur risque. Quand ce même emprunt rapporte 5 %, le calcul change. Pourquoi prendre le risque des actions si un placement quasi sans risque de défaut offre déjà 5 % par an ?

Les actions sont donc aujourd'hui réellement concurrencées par les obligations. Cette concurrence pèse sur la demande et donc sur les multiples que les investisseurs acceptent de payer pour une action.

Quelle prime de risque exiger des actions ?

La prime de risque correspond au surplus de rendement qu'un investisseur exige des actions par rapport aux obligations pour accepter leur volatilité. Quand le taux sans risque monte, cette prime ne disparaît pas : c'est le rendement attendu des actions qui doit monter pour la préserver. Et pour qu'une action rapporte davantage à l'avenir, il faut soit que ses bénéfices progressent fortement, soit qu'on l'achète moins cher. C'est exactement ce qui s'est produit en 2026, comme le montrent les chiffres de valorisation.

2026 : la baisse a eu lieu, mais sur le PER, pas sur les cours

Qu'est-ce que le PER ?

Le PER (price earnings ratio) est le rapport entre le cours d'une action et son bénéfice par action. Il indique combien d'années de bénéfices un investisseur accepte de payer. Un PER de 20 signifie que l'on paie l'entreprise 20 fois ses bénéfices annuels. Pour un indice, le PER prospectif rapporte le niveau de l'indice aux bénéfices attendus sur les douze prochains mois.

De 22-23 fois à 19 fois en quelques mois

En début d'année 2026, le S&P 500, l'indice des 500 plus grandes entreprises américaines, se payait entre 22 et 23 fois ses résultats. Entre le 1er janvier et aujourd'hui, les cours ont progressé : l'indice est plus haut qu'en début d'année. Pourtant, son multiple se situe désormais autour de 19 fois. Selon le suivi de la saison des résultats publié par FactSet, le PER prospectif à 12 mois s'établit à 18,7 fin octobre, sous sa moyenne sur cinq ans (19,8) et sur dix ans (19,1).

En clair, les marchés sont moins chers aujourd'hui qu'ils ne l'étaient en début d'année, même s'ils évoluent plus haut. Les cours n'ont pas baissé, mais les ratios de valorisation se sont nettement dégonflés. La règle de 2022 s'est donc appliquée, de manière insidieuse : sous le poids de la hausse des taux, les multiples ont baissé. On ne le voit simplement pas sur les graphiques de cours.

Comment les cours peuvent-ils monter quand le PER baisse ?

Mathématiquement, le cours est égal au PER multiplié par le bénéfice par action. Si le multiple recule de 15 % mais que les bénéfices progressent de 30 %, le cours peut monter malgré la compression du multiple. C'est ce qui s'est passé en 2026 : les publications de résultats ont été exceptionnelles. La croissance des bénéfices des entreprises du S&P 500 a atteint environ 30 % au deuxième trimestre, et le troisième trimestre s'annonce sur un rythme comparable, autour de 29,5 % selon les données de FactSet à mi-saison.

Indicateur S&P 500Début 2026Fin octobre 2026
Niveau de l'indiceRéférencePlus haut
PER prospectif22 à 23 foisenviron 19 fois
Croissance des bénéfices trimestriels-environ +30 % (T2 et T3)

Le marché est-il en anomalie ?

Non, et c'est la conclusion la plus importante. Les indices et les actions ont suivi la croissance bénéficiaire des entreprises, sans même l'égaler : depuis le début de l'année, les bénéfices ont crû plus vite que les cours. Il faut donc remercier les résultats des entreprises, car ce sont eux qui tiennent la machine. Nous avions documenté ce phénomène dans notre article sur un S&P 500 au record mais pas plus cher selon son PER prospectif. Une analyse fine, au-delà des graphiques de cours, est nécessaire pour le voir.

L'IA et une poignée de valeurs : d'où vient la croissance des bénéfices

Le rôle des investissements dans l'IA

Une large part de la croissance des bénéfices provient de l'intelligence artificielle. Les investissements massifs dans les data centers, les puces et les infrastructures de calcul alimentent les résultats des fournisseurs de semi-conducteurs, des opérateurs de cloud et de toute la chaîne de valeur. C'est cette dynamique qui fait que l'on ne voit pas, dans le cours des actions, l'effet de la hausse des taux sur les multiples.

Une croissance concentrée sur quelques valeurs

Il faut toutefois nuancer. Quand on dit que les indices évoluent sur des niveaux record, la performance est portée par une poignée de valeurs. Les plus grandes capitalisations technologiques pèsent très lourd dans le S&P 500, et leurs bénéfices expliquent une part disproportionnée de la croissance de l'indice. Beaucoup d'autres actions n'ont pas connu la même trajectoire. Les résultats du troisième trimestre, que nous analysons dans notre article sur la saison des résultats du T3 2026, confirment cette concentration.

Que se passe-t-il si les bénéfices ralentissent ?

C'est le vrai point de vigilance. Tant que les bénéfices progressent de 30 % par an, ils compensent largement la compression des multiples. Mais si cette croissance ralentit alors que les taux restent élevés, plus rien ne viendra amortir la baisse des multiples, et les cours pourraient cette fois reculer. Le marché actuel repose donc sur la capacité des entreprises à tenir leurs promesses de croissance, ce que nous détaillons dans notre analyse de la bulle de bénéfices et de ses signaux d'alerte.

Hausse des taux : ce que cela change pour votre portefeuille

Regarder les valorisations, pas seulement les cours

La première leçon est méthodologique. Un indice au plus haut n'est pas forcément cher, et un indice qui baisse n'est pas forcément bon marché. Ce qui compte, c'est le rapport entre le prix payé et les bénéfices, présents et attendus. En 2026, le marché américain est plus haut qu'en janvier mais moins cher en multiple, ce qui change complètement la lecture du risque.

Arbitrer entre actions et obligations

Avec des taux autour de 5 %, les obligations redeviennent une vraie alternative pour une partie du patrimoine. Elles offrent un rendement connu à l'avance, à condition de maîtriser le risque de duration lié aux maturités longues. Les actions restent le moteur de performance à long terme, mais leur rendement attendu doit désormais être comparé à celui d'un placement obligataire, ce qui n'était pas le cas pendant les années de taux zéro.

Diversifier entre styles et zones

Enfin, la hausse des taux ne frappe pas toutes les actions de la même manière. Les valeurs de croissance y sont plus sensibles que les valeurs value, et les marchés n'ont pas tous le même profil. Une allocation équilibrée entre styles, secteurs et zones géographiques permet de ne pas dépendre d'un seul scénario de taux. C'est ce travail de construction que mène un cabinet de gestion de patrimoine à Bordeaux pour adapter un portefeuille à un environnement de taux durablement plus élevés.

FAQ sur la hausse des taux et les actions

Pourquoi la hausse des taux fait-elle baisser les actions ?

La hausse des taux fait baisser les actions pour deux raisons. D'abord, les bénéfices futurs des entreprises sont actualisés avec des taux plus élevés, ce qui réduit leur valeur aujourd'hui. Ensuite, les obligations deviennent plus rémunératrices et attirent une partie des capitaux qui allaient vers les actions.

Pourquoi la bourse monte-t-elle malgré la hausse des taux en 2026 ?

La bourse monte en 2026 parce que les bénéfices des entreprises progressent très vite, d'environ 30 % au deuxième et au troisième trimestre pour le S&P 500. Cette croissance compense la baisse des multiples de valorisation. Le PER du S&P 500 est ainsi passé de 22-23 fois en début d'année à environ 19 fois, alors que l'indice a monté.

Quelles actions sont les plus sensibles aux taux ?

Les valeurs de croissance sont les plus sensibles aux taux, car leur valorisation repose sur des bénéfices attendus loin dans le futur. Quand les taux montent, ces bénéfices lointains sont davantage pénalisés par l'actualisation. Les valeurs value, plus matures et moins chères, réagissent en général moins fortement.

Le marché actions est-il trop cher en 2026 ?

En multiple de valorisation, le marché américain est moins cher qu'en début d'année. Le PER prospectif du S&P 500 est d'environ 19 fois, proche de ses moyennes sur cinq et dix ans. Le risque tient moins au niveau de valorisation qu'à la dépendance du marché à une forte croissance des bénéfices, concentrée sur quelques valeurs.

Que signifie TINA en bourse ?

TINA signifie « There Is No Alternative », c'est-à-dire qu'il n'existerait pas d'alternative aux actions. L'expression s'est imposée pendant la décennie de taux très bas qui a suivi 2008, quand les obligations ne rapportaient presque rien. Avec des taux autour de 5 %, cet argument ne tient plus.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et l'investissement en actions comporte un risque de perte en capital. Pour toute situation spécifique, nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine.

Échanger avec un conseiller Ingefii
★★★★★
5/5 sur 93 avis Google
Lire les avis
Confidentiel · sans engagement · réponse sous 24h

Nos lecteurs ont lu ensuite