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Acheter ou vendre : la mauvaise question à poser à l’immobilier

« Faut-il acheter ou vendre de l'immobilier en 2026 ? » est une question à laquelle aucune réponse générale n'est utilisable, parce qu'elle traite un actif isolément alors que sa pertinence dépend entièrement de la structure patrimoniale dans laquelle il s'inscrit et de l'usage auquel il est destiné.

La réponse change du tout au tout selon que le bien est détenu depuis vingt ans ou depuis deux, qu'il dégage une rentabilité réelle de 2 % ou de 6 %, qu'il est destiné à être transmis aux enfants ou à être converti en liquidités. Ces paramètres relèvent de la situation d'une personne, pas d'un diagnostic de marché.

Ce qui peut en revanche être établi de façon générale, ce sont les caractéristiques propres à la classe d'actifs immobilière, sa liquidité, ses risques spécifiques et sa position relative face aux autres placements en 2026. C'est l'objet de cet article : remplacer une question binaire sans réponse par une grille d'analyse utilisable.

Source : cet article est tiré d'un entretien avec Jérôme Mazurier, Directeur du Pôle Immobilier chez Ingefii, dans l'épisode « Immobilier 2026 : les ventes s'effondrent, pourtant la location est en pénurie ».

Points clés à retenir

  • L'immobilier n'est pas un actif sans risque : il cumule un risque d'impayé, un risque réglementaire, un risque de vacance et une illiquidité structurelle que ne présentent pas les actifs financiers cotés.
  • Trois à quatre mois de délai minimum : entre l'acceptation d'une offre d'achat et la signature définitive, ce délai est quasiment incompressible et s'ajoute au temps de commercialisation, de 67 à 114 jours selon les métropoles.
  • Quatre questions avant tout arbitrage : depuis combien de temps le bien est détenu, quelle est sa rentabilité réelle, à quoi il est destiné, et quel besoin de liquidité existe à horizon cinq ans.
  • Rentabilité réelle et non rendement affiché : un rendement brut ignore la taxe foncière, les charges non récupérables, la vacance, les travaux et la fiscalité des revenus fonciers.
  • La concurrence des autres classes d'actifs a changé : la remontée des taux longs, avec une OAT à 4,24 % début septembre 2026, redonne des alternatives rémunératrices là où il n'y en avait plus.
  • La question n'est jamais acheter ou vendre : elle est de savoir quelle part du patrimoine doit rester immobilière, sous quelle forme et pour quel horizon.

Pourquoi la question binaire n'a pas de réponse

Un actif ne se juge pas isolément

Un bien immobilier n'a pas de qualité intrinsèque. Il occupe une place dans un ensemble, aux côtés d'actifs financiers, de liquidités, éventuellement de parts de société ou de contrats d'assurance-vie. Sa pertinence se mesure à ce qu'il apporte à cet ensemble : du revenu, de la protection contre l'inflation, un support de transmission, ou simplement un usage.

Répondre « il faut acheter » ou « il faut vendre » sans connaître cette structure revient à prescrire un traitement sans diagnostic. Deux personnes détenant le même appartement au même endroit peuvent raisonnablement prendre des décisions opposées, parce que l'une dispose de 80 % de son patrimoine en immobilier et l'autre de 15 %.

La diversification n'est pas un slogan

La règle de bon sens reste la répartition entre poches : de l'immobilier, du financier de long terme, du financier disponible à court terme. Un patrimoine composé à 90 % d'immobilier est exposé à un choc unique, qu'il soit fiscal, réglementaire ou local, sans capacité d'absorption. Cette logique de répartition, et ses limites, est développée dans notre article sur l'allocation d'actifs et la diversification sans dilution de la conviction.

Le point important est que la diversification ne consiste pas à détenir beaucoup de lignes, mais à détenir des actifs dont les risques ne se déclenchent pas en même temps. Deux appartements locatifs dans la même métropole ne diversifient presque rien.

Les risques propres à l'immobilier, souvent sous-estimés

Le risque locatif

Comme tout actif productif de revenu, l'immobilier locatif présente un risque de défaut de son payeur. L'impayé de loyer est le plus visible, mais la vacance entre deux locataires et la dégradation du bien produisent des effets comparables sur le rendement effectif. Le cadre juridique français protège le locataire, notamment par les délais de procédure en cas d'impayé, ce qui est légitime sur le plan social mais allonge la durée pendant laquelle un propriétaire supporte seul la charge.

L'équilibre entre protection du locataire et protection du propriétaire fait débat, et de nombreux investisseurs estiment aujourd'hui qu'il ne penche pas de leur côté. Cette perception, autant que la réalité juridique, explique une part du retrait des investisseurs particuliers du marché locatif, et contribue mécaniquement à la pénurie d'offre constatée dans les métropoles.

Le risque réglementaire

Un bien immobilier est exposé à des décisions publiques qui modifient sa valeur d'usage sans qu'aucune transaction n'ait lieu. Le classement énergétique en est l'exemple le plus net : un logement classé G peut sortir du marché locatif par l'effet d'une norme, alors qu'il était loué sans difficulté l'année précédente. L'encadrement des loyers, les règles d'urbanisme et la fiscalité des revenus fonciers produisent le même type d'effet.

Ce risque est difficile à couvrir, parce qu'il ne dépend ni de la qualité du bien ni de celle du gestionnaire. La seule protection réelle consiste à ne pas concentrer l'intégralité de son patrimoine sur des actifs soumis au même cadre.

L'illiquidité, contrainte principale et mal anticipée

Combien de temps faut-il réellement pour transformer un bien en liquidités ?

C'est la caractéristique la plus structurante et la plus souvent oubliée. Si vous avez besoin de 20 000 euros le mois prochain, vous ne pouvez pas vendre un appartement. Même dans le meilleur des cas, il s'écoule au minimum trois à quatre mois entre l'acceptation d'une offre d'achat et la signature définitive chez le notaire, quatre mois étant l'hypothèse réaliste.

Ce délai s'ajoute au temps de commercialisation, lui-même compris entre 67 jours à Lyon et 114 jours à Rennes selon les relevés du 1er septembre 2026. Un bien mis en vente aujourd'hui produit donc rarement des liquidités avant six mois, et seulement s'il a été correctement positionné dès le départ, comme nous le détaillons dans notre analyse de la vente dans l'ancien en 2026 et de la sanction du mauvais prix.

ÉtapeDurée indicative
Préparation et mise en vente2 à 4 semaines
Commercialisation jusqu'à l'offre67 à 114 jours selon les métropoles
Compromis puis signature définitive3 à 4 mois
Total réaliste6 à 9 mois

La conséquence sur la construction du patrimoine

Cette illiquidité impose de constituer une poche disponible ailleurs, dimensionnée sur les besoins prévisibles à un ou deux ans. Elle explique aussi pourquoi un achat immobilier comptant, qui immobilise une trésorerie importante sur un actif non fractionnable, mérite d'être comparé à une acquisition financée par l'emprunt, un arbitrage que nous traitons dans notre article sur ce que l'achat comptant fait perdre en effet de levier.

Les quatre questions à poser avant tout arbitrage

Une grille applicable à n'importe quel bien

Lorsqu'un client nous interroge sur l'opportunité de vendre, quatre questions précèdent toujours la réponse. Elles ne portent pas sur le marché mais sur la situation.

QuestionCe qu'elle détermine
Depuis combien de temps le bien est-il détenu ?La plus-value latente et le régime d'abattement applicable
Quelle est sa rentabilité réelle, nette de tout ?Le coût d'opportunité de le conserver
À quoi est-il destiné ?Vente pour liquidités, conservation pour revenu, ou transmission
Quel besoin de liquidité existe à cinq ans ?Le délai disponible pour organiser une sortie

Le cas particulier du bien destiné à être transmis

Un bien que l'on souhaite transmettre à ses enfants, une résidence secondaire familiale par exemple, ne s'analyse pas avec les mêmes critères qu'un actif locatif. Sa rentabilité courante peut être nulle ou négative sans que cela remette en cause sa détention, parce que son utilité se situe ailleurs. En revanche, la question du moment et de la forme de la transmission devient centrale.

Anticiper une donation de la nue-propriété permet, dans certaines configurations, de transmettre à une valeur décotée tout en conservant l'usage du bien. Le paramètre décisif est l'âge du donateur au moment de l'opération, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'âge auquel transmettre la nue-propriété d'un bien. Une vente et une transmission ne répondent pas à la même intention : les confondre conduit souvent à repousser la décision de plusieurs années.

Calculer la rentabilité réelle plutôt que le rendement affiché

Ce que le rendement brut ne dit pas

Le rendement brut, qui rapporte les loyers annuels au prix d'acquisition, sert uniquement à comparer rapidement deux biens. Il n'indique pas ce que l'investissement rapporte. Entre le brut et le net réellement perçu, cinq postes se soustraient : la taxe foncière, les charges de copropriété non récupérables, la vacance locative, les travaux d'entretien et de mise aux normes, et la fiscalité des revenus fonciers assortie des prélèvements sociaux.

L'écart entre les deux est rarement inférieur à deux points et dépasse souvent trois points. Un bien affiché à 5 % brut peut ainsi ressortir autour de 2 % net, ce qui change radicalement sa comparaison avec un placement financier sans gestion ni risque locatif.

Le coût d'opportunité, notion décisive

Conserver un actif est une décision d'investissement au même titre que l'acheter. Détenir un bien dont la rentabilité réelle ressort à 2 % net alors que sa valeur de revente permettrait d'obtenir davantage ailleurs, à risque comparable, représente un coût. Ce coût est invisible parce qu'il ne figure sur aucun relevé, mais il se cumule année après année.

Cette comparaison ne conduit pas mécaniquement à vendre. Elle doit intégrer la fiscalité de la plus-value, les frais de transaction, le confort de gestion et, surtout, l'intention. Elle a simplement le mérite de transformer une décision de conservation passive en décision explicite.

Ce que la remontée des taux change dans l'arbitrage

Les alternatives sont redevenues rémunératrices

Pendant une décennie, l'immobilier locatif bénéficiait d'un avantage décisif : il n'avait pas de concurrent. Les placements sans risque ne rapportaient rien et l'effet de levier du crédit était quasi gratuit. Cette configuration a disparu. Avec une OAT 10 ans à 4,24 % début septembre 2026, le marché obligataire propose de nouveau des rendements significatifs sur des actifs liquides, et les supports de court terme retrouvent de l'intérêt, comme nous le détaillons dans notre analyse des placements à un an entre fonds euro bonifié, monétaire et obligataire.

Le même mouvement joue à l'inverse sur le coût du crédit, qui renchérit les acquisitions nouvelles et relève le seuil de rentabilité en dessous duquel une opération n'a plus de sens. Ce mécanisme de transmission est détaillé dans notre article sur la façon dont l'OAT commande les barèmes de crédit immobilier.

Une fenêtre pour l'acheteur, pas pour tous

Pour un acquéreur disposant de liquidités, la configuration actuelle est favorable. Des vendeurs se trouvent dans des conditions qui ne sont pas optimales, les offres agressives sont acceptées plus souvent qu'auparavant, et un financement déjà sécurisé constitue un argument de négociation puissant, faute de condition suspensive de prêt.

Mais cette fenêtre ne dit rien de l'opportunité pour une personne donnée. Acheter parce que le marché est négociable, en concentrant encore davantage un patrimoine déjà majoritairement immobilier, revient à optimiser le prix d'entrée en aggravant le risque de structure. La bonne question n'est donc pas « est-ce le moment ? », mais « quelle part de mon patrimoine doit être immobilière, et celle-ci l'est-elle déjà ? ».

FAQ – Immobilier et allocation patrimoniale

Faut-il vendre son bien immobilier en 2026 ?

Aucune réponse générale n'est utilisable. La décision dépend de la durée de détention, de la rentabilité réelle nette du bien, de sa destination et du besoin de liquidité à cinq ans. Un bien destiné à être transmis ne s'analyse pas comme un actif locatif. La question pertinente porte sur la part du patrimoine qui doit rester immobilière, pas sur le calendrier de marché.

En combien de temps peut-on transformer un bien immobilier en liquidités ?

Comptez six à neuf mois dans un scénario normal : deux à quatre semaines de préparation, 67 à 114 jours de commercialisation selon la métropole, puis trois à quatre mois entre l'offre acceptée et la signature définitive. Ce dernier délai est quasiment incompressible. Un besoin de trésorerie à court terme doit donc être couvert par une autre poche du patrimoine.

Quelle différence entre rendement brut et rentabilité réelle ?

Le rendement brut rapporte les loyers annuels au prix d'acquisition et sert uniquement à comparer deux biens rapidement. La rentabilité réelle déduit la taxe foncière, les charges non récupérables, la vacance, les travaux et la fiscalité des revenus fonciers avec les prélèvements sociaux. L'écart dépasse souvent trois points : un bien affiché à 5 % brut peut ressortir autour de 2 % net.

L'immobilier est-il un placement sans risque ?

Non. Il cumule un risque d'impayé de loyer, un risque de vacance, un risque réglementaire qui peut retirer un bien du marché locatif par simple évolution d'une norme énergétique, et une illiquidité structurelle. Sa relative stabilité de valorisation tient largement au fait qu'elle n'est pas cotée quotidiennement, ce qui n'élimine aucun de ces risques.

Quelle part de son patrimoine peut-on consacrer à l'immobilier ?

Il n'existe pas de pourcentage universel, mais un principe : les actifs détenus ne doivent pas voir leurs risques se déclencher simultanément. Un patrimoine composé très majoritairement d'immobilier, a fortiori sur une même zone géographique, est exposé à un choc fiscal, réglementaire ou local sans capacité d'absorption. La répartition se détermine au regard des revenus, de l'horizon et des projets de transmission.

Est-ce le bon moment pour acheter avec des liquidités disponibles ?

La configuration est favorable à l'acheteur comptant : des offres nettement inférieures au prix affiché aboutissent plus souvent, et l'absence de condition suspensive de prêt constitue un argument de négociation fort dans un contexte où la production de crédit recule. Cela ne vaut pas recommandation individuelle : acheter en concentrant davantage un patrimoine déjà majoritairement immobilier améliore le prix d'entrée et dégrade la structure.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les arbitrages évoqués dépendent d'une situation patrimoniale, familiale et fiscale complète. Pour une analyse adaptée à votre cas, vous pouvez vous rapprocher d'un conseiller en gestion privée de patrimoine.

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