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Sortie du PER : rente, capital ou 140 000 € jamais réimposés

La sortie du PER désigne le moment où le titulaire d'un plan d'épargne retraite récupère son épargne, en principe à partir de son départ à la retraite, sous forme de capital, de rente viagère ou d'un mélange des deux. C'est aussi un choix fiscal lourd : les versements déduits pendant la vie active redeviennent imposables à la sortie, et le mode de récupération change ce que l'épargnant gardera réellement.

Pour beaucoup de jeunes retraités, la question se résume à « rente ou capital ». Le cas de Philippe, 63 ans, retraité depuis janvier, montre qu'il existe une troisième réponse, souvent oubliée : ne pas sortir tout de suite. Avec 180 000 € sur son PER, il pensait prélever 50 000 € pour aider sa fille à acheter son appartement. L'analyse a montré que c'était la solution la plus coûteuse.

Nous détaillons ici les trois options, leur fiscalité réelle sur ce dossier, et la façon dont un PER assurantiel peut devenir un outil de transmission aussi efficace qu'une assurance vie.

Source : cet article est tiré de la vidéo « Droits de succession : SCI familiale, donation et assurance vie » de la chaîne Ingefii.

Points clés à retenir

  • Sortie en capital : les versements déduits redeviennent un revenu imposable. Sur 140 000 € déduits, Philippe aurait payé environ 50 000 € d'impôt, plus environ 12 000 € sur les plus-values.
  • Sortie en rente : environ 6 700 € par an avant impôt pour 180 000 €, soit 350 € nets par mois. Il faut vivre jusqu'à 90 ans environ pour récupérer son capital.
  • Rente au décès : la rente s'arrête, et le capital ne revient pas aux enfants.
  • PER assurantiel avant 70 ans : au décès, il est transmis comme une assurance vie, jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire sans droits et sans impôt sur le revenu sur les versements déduits.
  • Rendez-vous à 69 ans : après 70 ans, le régime au décès devient moins favorable. C'est le moment de réarbitrer.

Le cas de Philippe : un PER de 180 000 € à la retraite

D'où vient ce PER ?

Philippe a fait toute sa carrière comme cadre dans un grand groupe industriel. Comme beaucoup de salariés de grandes entreprises, il a cotisé à un ancien contrat de retraite d'entreprise, de type article 83, puis il a complété par des versements volontaires qu'il déduisait de ses revenus imposables. Depuis la loi Pacte, ces anciennes enveloppes ont été transférées sur un plan d'épargne retraite, qui regroupe aujourd'hui l'ensemble.

Le PER atteint 180 000 €. Il se compose d'environ 140 000 € de versements, qui ont tous donné lieu à une déduction fiscale, et d'environ 40 000 € de plus-values.

Pourquoi la sortie du PER semblait-elle naturelle ?

Le plan d'épargne retraite est conçu pour être débloqué au moment du départ à la retraite. Philippe ayant liquidé ses droits en janvier, la sortie du PER lui paraissait évidente. Et comme le couple cherchait 50 000 € pour aider sa fille Léa à acheter sa résidence principale, le PER semblait être la bonne source : de l'argent disponible, qui ne servait à rien d'autre.

Il se posait aussi la question classique de tout nouveau retraité : faut-il demander une rente, ou récupérer le capital ? Le cabinet a chiffré les deux, avec le reste du patrimoine du couple en toile de fond. Ce contexte global est présenté dans notre article sur la succession d'un couple marié sans contrat.

Tous les compartiments se débloquent-ils de la même façon ?

Non. Un PER peut contenir plusieurs compartiments selon l'origine de l'argent. Les versements volontaires peuvent sortir en capital ou en rente. Les sommes issues des versements obligatoires de l'employeur, comme les anciens contrats article 83, sortent en principe uniquement en rente. Avant toute décision, il faut donc demander à l'assureur la répartition exacte de son plan entre compartiments.

La sortie du PER en capital : un impôt élevé

Comment est taxée une sortie en capital ?

La règle est simple : tout ce qui a été déduit à l'entrée est imposé à la sortie. Pour une sortie du PER en capital, la part correspondant aux versements déduits est ajoutée aux revenus de l'année et soumise au barème de l'impôt sur le revenu. La part correspondant aux plus-values est taxée séparément, au prélèvement forfaitaire.

L'avantage fiscal du PER est donc un différé d'impôt, pas une exonération. Il est intéressant quand on déduit dans une tranche haute pendant sa vie active et qu'on réintègre dans une tranche plus basse à la retraite. Il l'est beaucoup moins quand on sort tout en une fois.

Combien Philippe aurait-il payé ?

Sortir 180 000 € en une année aurait ajouté 140 000 € de revenus imposables à la pension de Philippe et au salaire de Catherine. Le foyer, aujourd'hui dans la tranche à 30 %, aurait basculé en partie dans la tranche à 41 %.

PosteMontant estimé
Impôt sur le revenu sur les 140 000 € de versements déduitsEnviron 50 000 €
Fiscalité sur les 40 000 € de plus-valuesEnviron 12 000 €
TotalPlus de 60 000 €

Autrement dit, pour aider Léa à hauteur de 50 000 €, la famille aurait payé plus d'impôt que le montant de l'aide. Ces chiffres sont des estimations : une vraie simulation du foyer reste indispensable avant toute décision.

Un besoin, un projet, une situation à faire évoluer ?

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Pourquoi la tranche marginale change-t-elle tout ?

L'impôt sur le revenu est progressif : chaque euro supplémentaire est taxé au taux de la tranche dans laquelle il tombe. Un foyer qui ajoute 140 000 € de revenus en une seule année fait basculer une grande partie de cette somme dans les tranches les plus hautes du barème. À l'inverse, des sorties limitées à quelques milliers d'euros par an restent dans la tranche habituelle du foyer. C'est pourquoi le même capital peut coûter deux fois plus cher selon la façon dont on le sort.

Peut-on fractionner la sortie en capital ?

Oui. Le capital peut être débloqué en plusieurs fois, sur plusieurs années, pour rester dans des tranches d'imposition plus basses. Cette technique des sorties fractionnées réduit fortement la facture. Elle suppose de ne pas avoir besoin de toute la somme immédiatement, ce qui n'était pas compatible avec le projet de Léa.

La sortie du PER en rente : le pari sur la longévité

Combien rapporte une rente viagère ?

La rente viagère est un revenu versé par l'assureur jusqu'au décès du titulaire, calculé à partir du capital et des tables de mortalité. Pour un capital de 180 000 € à 63 ans, la rente atteint environ 6 700 € par an avant impôt. Après impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, il reste à Philippe environ 350 € nets par mois.

À quel âge récupère-t-on son capital ?

En cumulant les rentes versées, Philippe ne récupère l'équivalent de son capital de 180 000 € que vers 90 ans. C'est un jeu, parfois perçu comme malsain, entre l'épargnant et l'assureur : si le titulaire vit au-delà de l'âge prévu par les tables, il gagne. S'il décède avant, c'est l'assureur.

Âge au décèsRentes perçues (avant impôt)Capital non récupéré
75 ansEnviron 80 000 €Environ 100 000 €
82 ansEnviron 127 000 €Environ 53 000 €
90 ansEnviron 180 000 €Point d'équilibre

Que reste-t-il aux enfants avec une rente ?

Rien, dans la formule de base. Au décès, la rente s'arrête et le capital reste acquis à l'assureur. Il existe des options de réversion au conjoint ou d'annuités garanties, mais elles réduisent le montant de la rente. Pour un couple dont l'objectif est la transmission, la rente est donc rarement la bonne réponse.

La rente garde un intérêt quand on a un vrai besoin de revenu à vie et qu'on veut se protéger du risque de vivre très longtemps. C'est d'ailleurs une pratique beaucoup plus répandue dans les pays anglo-saxons qu'en France, où les épargnants sont traditionnellement réticents. Le débat sur le déficit des retraites et la capitalisation pourrait faire évoluer cette culture.

Rente ou capital : la question à poser avant

De quoi le couple a-t-il réellement besoin ?

Avant de choisir entre rente ou capital, le cabinet pose toujours la même question : de quoi avez-vous besoin ? Pour Philippe et Catherine, la réponse est claire : de rien. Entre la pension de Philippe, le salaire puis la retraite de Catherine et environ 30 000 € de loyers par an, ils mettent déjà 2 500 € de côté chaque mois.

Ils n'avaient pas un besoin de revenu. Ils avaient un besoin de transmission. Cette distinction change toute la stratégie : une sortie du PER, en rente comme en capital, transforme un capital transmissible en impôt et en revenu inutile.

Rente ou capital : quel tableau comparatif ?

CritèreSortie en capitalSortie en renteConservation du PER
Impôt immédiatPlus de 60 000 € en une foisÉtalé sur la renteAucun
Revenu supplémentaireNonEnviron 350 € nets par moisNon
Capital disponible en cas de besoinOuiNonOui
Transmission aux enfantsLe capital restant, au barèmeAucuneRégime de l'assurance vie avant 70 ans

Et si un besoin de revenu apparaît plus tard ?

La situation d'un couple de retraités évolue. Une dépendance, un veuvage ou une baisse des loyers peuvent faire naître un besoin de revenu dans dix ou quinze ans. Conserver le plan ne ferme aucune porte : Philippe pourra toujours demander une rente ou des rachats partiels à ce moment-là, avec un capital qui aura continué de travailler. À l'inverse, une rente choisie aujourd'hui est irréversible, et un capital sorti et imposé ne peut pas être remis dans le plan avec le même avantage.

C'est un raisonnement en options : tant qu'il n'y a pas de besoin, garder la flexibilité a de la valeur. La décision se prend au moment où le besoin apparaît, avec les règles fiscales alors en vigueur.

Le budget 2027 change-t-il le calcul ?

Le projet de loi de finances pour 2027, qui n'est pas voté à ce stade, prévoit de plafonner plus bas l'abattement de 10 % appliqué aux pensions et rentes. Si la mesure est adoptée, une rente deviendrait encore un peu moins intéressante pour les foyers aux revenus confortables. Le choix fait par Philippe ne dépend pas de ce vote, mais il va dans le même sens.

Le PER assurantiel, un outil de transmission

Qu'est-ce qu'un PER assurantiel ?

Un PER assurantiel est un plan d'épargne retraite ouvert sous forme de contrat d'assurance, auprès d'une compagnie d'assurance. Il se distingue du PER bancaire, ouvert sous forme de compte-titres. La différence est décisive au décès : le PER assurantiel suit les règles fiscales de l'assurance vie, alors que le PER bancaire tombe dans la succession.

La première vérification à faire est donc de savoir quel type de PER on détient. Dans le cas de Philippe, il s'agit bien d'un PER assurantiel.

Comment le PER assurantiel est-il transmis avant 70 ans ?

Si Philippe décède avant 70 ans, son PER assurantiel est versé aux bénéficiaires désignés comme une assurance vie alimentée avant 70 ans. Chaque bénéficiaire peut recevoir jusqu'à 152 500 € sans droits. Ce plafond est commun à tous les contrats d'assurance vie et PER assurantiels du même assuré : il faut donc répartir les clauses bénéficiaires pour ne pas le dépasser.

Surtout, la transmission se fait sans impôt sur le revenu. Les 140 000 € que Philippe a déduits pendant des années ne seront jamais réimposés. L'avantage fiscal à l'entrée devient définitif. Les règles sont détaillées dans cet article d'Actu-Juridique sur la fiscalité du PER au décès du souscripteur.

Le capital reste-t-il disponible ?

Oui. Conserver le PER ne bloque pas l'argent. Philippe étant à la retraite, il peut demander une sortie à tout moment, par exemple pour financer une dépendance ou un imprévu. En attendant, le capital reste investi et continue de fructifier, à condition de piloter sa gestion. Le choix de ne pas toucher au PER est donc réversible.

Comment aider Léa sans toucher au PER ?

Les 50 000 € destinés à Léa ont été pris sur les livrets du couple, en gardant 30 000 € de réserve, et donnés en combinant le don familial de sommes d'argent et l'abattement de 100 000 €. Résultat : zéro euro de droits et zéro euro d'impôt, contre plus de 60 000 € de fiscalité en passant par le PER. Le détail est expliqué dans notre article sur la façon de donner de l'argent à ses enfants pour leur achat.

Le rendez-vous des 69 ans

Que change le passage de 70 ans ?

Si le titulaire décède après 70 ans, le PER assurantiel bascule dans un régime moins favorable. Les capitaux sont alors soumis aux droits de succession pour la part des versements qui dépasse un abattement global de 30 500 €, commun à tous les bénéficiaires. En revanche, les plus-values réalisées restent exonérées de droits. C'est moins avantageux qu'avant 70 ans, mais ce n'est pas défavorable pour autant.

Quelles options étudier à 69 ans ?

Le cabinet a donc fixé un rendez-vous aux 69 ans de Philippe. Trois options seront alors étudiées en fonction de sa santé, de ses besoins et de la législation en vigueur :

  • Des sorties fractionnées, étalées sur plusieurs années pour rester dans les tranches basses de l'impôt.
  • Un réemploi en assurance vie, pour préparer la transmission sous un autre cadre.
  • Un maintien du PER, si la situation le justifie.

Pourquoi parler de sortie du PER dans une stratégie de succession ?

Parce que la sortie du PER n'est jamais une décision isolée. Elle interagit avec l'impôt sur le revenu, avec les donations aux enfants et avec la succession. C'est en regardant l'ensemble du patrimoine qu'on découvre qu'un contrat qu'on voulait vider peut devenir l'un des meilleurs outils de transmission de la famille. Pour faire ce travail sur votre propre plan, un cabinet de gestion de patrimoine à Bordeaux peut chiffrer les différentes options sur la base de votre déclaration de revenus.

FAQ – Sortie du PER

Vaut-il mieux sortir son PER en rente ou en capital ?

Tout dépend du besoin. La rente convient à ceux qui ont besoin d'un revenu à vie, mais elle s'arrête au décès et il faut vivre jusqu'à 90 ans environ pour récupérer son capital. Le capital offre de la souplesse mais déclenche un impôt élevé s'il est sorti en une fois. Quand il n'y a pas de besoin de revenu, conserver un PER assurantiel peut être la meilleure option.

Comment est imposée la sortie en capital d'un PER ?

La part du capital qui correspond aux versements déduits est ajoutée aux revenus de l'année et imposée au barème de l'impôt sur le revenu. La part qui correspond aux plus-values est soumise au prélèvement forfaitaire. Sur 140 000 € de versements déduits et 40 000 € de gains, la fiscalité peut dépasser 60 000 € en cas de sortie en une fois.

Que devient un PER au décès du titulaire ?

Un PER assurantiel est versé aux bénéficiaires désignés selon les règles de l'assurance vie. Avant 70 ans, chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 € sans droits, et les versements déduits ne sont pas réimposés à l'impôt sur le revenu. Un PER bancaire, ouvert sous forme de compte-titres, entre dans la succession.

Peut-on garder son PER après le départ à la retraite ?

Oui. Le départ à la retraite ouvre la possibilité de sortir du PER, mais n'oblige pas à le faire. Le capital reste investi et disponible à tout moment. Il faut simplement surveiller le passage des 70 ans, après lequel la transmission au décès devient moins favorable.

Combien rapporte une rente de PER de 180 000 € ?

Pour un titulaire de 63 ans, une rente viagère sur 180 000 € représente environ 6 700 € par an avant impôt, soit environ 350 € nets par mois. Le montant exact dépend de l'assureur, des tables de mortalité et des options choisies, comme la réversion au conjoint.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Les montants sont des estimations arrondies qui doivent être confirmées par une simulation de la situation du foyer. Pour toute situation spécifique, nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine.

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