Donner de l'argent à ses enfants consiste à leur transmettre une somme de son vivant, par virement, chèque ou acte notarié, en utilisant les exonérations prévues par la loi pour ne pas payer de droits de donation. Bien organisé, un don de 50 000 € pour aider un enfant à acheter sa résidence principale peut se faire avec zéro euro de droits et zéro euro d'impôt.
La façon dont on finance ce don compte autant que le don lui-même. Philippe et Catherine voulaient aider leur fille Léa à hauteur de 50 000 €. Leur premier réflexe était de puiser dans le PER de Philippe, qui venait de prendre sa retraite. Cette solution aurait coûté plus de 60 000 € d'impôt pour 50 000 € donnés.
Nous détaillons ici la méthode retenue : quelle source d'argent utiliser, quels abattements cumuler, comment préserver l'équité entre les enfants, et ce que pourrait changer le projet de loi de finances pour 2027, qui n'est pas encore voté.
Source : cet article est tiré de la vidéo « Droits de succession : SCI familiale, donation et assurance vie » de la chaîne Ingefii.
Points clés à retenir
- Don familial de sommes d'argent : jusqu'à 31 865 € sans droits par parent et par enfant, si le donateur a moins de 80 ans et l'enfant est majeur.
- Abattement de 100 000 € : il se cumule avec le don familial, soit 131 865 € par parent et par enfant tous les quinze ans.
- Source du don : prendre l'argent sur un PER aurait déclenché plus de 60 000 € d'impôt. Les livrets ont été utilisés, en gardant 30 000 € de réserve.
- Équité : le même montant est prévu pour l'autre enfant, au moment où il en aura besoin.
- PLF 2027 : le projet, non voté, prévoit de porter temporairement le don familial à 50 000 € et de créer un taux de 6 % au-delà des abattements.
Sommaire
- Aider un enfant à acheter : le point de départ
- Où trouver l'argent sans payer d'impôt ?
- Le don familial et l'abattement de 100 000 €
- Préserver l'équité entre les enfants
- Ce que prévoit le PLF 2027 pour les dons d'argent
- Les formalités pour donner de l'argent à ses enfants
- FAQ – Donner de l'argent à ses enfants
Aider un enfant à acheter : le point de départ
Quel était le projet de la famille ?
Léa, 34 ans, prépare l'achat de sa résidence principale. Ses parents, Philippe, 63 ans, jeune retraité, et Catherine, 60 ans, encore salariée, souhaitent l'aider à hauteur de 50 000 €. C'est un montant classique : il permet à un jeune acheteur de constituer un apport, de réduire la durée de son crédit ou d'accéder à un bien plus adapté. Nous expliquons dans un autre article pourquoi l'apport personnel ne doit pas forcément dépasser les frais d'acquisition, un point que l'enfant peut discuter avec sa banque.
Pourquoi ce don s'inscrit-il dans une réflexion plus large ?
Le couple est arrivé avec une question simple. Mais leur patrimoine, d'environ 1,86 M€, exposait leurs enfants à environ 180 000 € de droits de succession s'ils ne changeaient rien. Donner de l'argent à ses enfants de son vivant fait partie des réponses à ce problème, à condition de bien choisir la source des fonds et l'ordre des opérations. L'ensemble du diagnostic est présenté dans notre article sur la succession d'un couple marié sans contrat.
Pourquoi aider maintenant plutôt qu'attendre l'héritage ?
Un héritage arrive en moyenne autour de 50 à 60 ans, à un âge où les héritiers ont souvent déjà acheté leur logement et constitué leur patrimoine. Une aide de 50 000 € à 34 ans a un effet bien plus fort : elle réduit le montant emprunté, donc les intérêts payés pendant vingt ans, et elle permet parfois d'accéder à un bien qui serait sinon hors de portée. Donner de son vivant, c'est aussi voir l'argent servir et pouvoir accompagner l'enfant dans son projet.
Sur le plan fiscal, chaque don réalisé plus de quinze ans avant le décès sort définitivement de la base taxable de la succession. Plus on commence tôt, plus on peut renouveler les abattements.
Faut-il donner ou prêter ?
Le prêt familial est une alternative. Il permet de récupérer l'argent plus tard et de ne pas consommer d'abattement. Mais il doit être formalisé et remboursé réellement, sous peine d'être requalifié en donation déguisée par l'administration. Pour Léa, le don a été préféré : les parents n'avaient pas besoin de récupérer la somme, et donner de l'argent à ses enfants de son vivant réduit d'autant la succession future.
Où trouver l'argent sans payer d'impôt ?
Pourquoi le PER était-il une fausse bonne idée ?
Philippe possède un PER de 180 000 €, dont environ 140 000 € de versements qu'il a déduits de ses revenus pendant sa carrière. Il pensait y prélever les 50 000 €. Mais la sortie en capital d'un PER réintègre les versements déduits dans le revenu imposable. Sortir l'ensemble du plan pour financer le don aurait coûté environ 50 000 € d'impôt sur le revenu, plus environ 12 000 € sur les plus-values.
Plus de 60 000 € de fiscalité pour aider Léa à hauteur de 50 000 € : la famille aurait donné plus au fisc qu'à sa fille. Le PER a été conservé, car il deviendra un outil de transmission, comme nous l'expliquons dans notre article sur la sortie du PER et sa transmission.
Quelle source a été retenue ?
Le couple dispose d'environ 80 000 € sur des livrets et comptes. Ces liquidités ne génèrent presque pas d'impôt quand on les mobilise, et elles rapportent peu. Elles ont donc servi à financer le don, en gardant 30 000 € de réserve de précaution, l'équivalent de plusieurs mois de dépenses. Le reste de l'épargne, notamment les assurances vie, continue de capitaliser.
| Source des 50 000 € | Fiscalité au retrait | Effet sur la transmission |
|---|---|---|
| Sortie du PER en capital | Plus de 60 000 € pour sortir le plan | Perte d'un outil transmis sans impôt avant 70 ans |
| Rachat sur assurance vie | Faible, selon l'ancienneté et les gains | Réduit un capital déjà bien placé pour la transmission |
| Livrets et comptes | Aucune | Neutre, l'argent dormait |
Faut-il vendre un actif pour donner ?
Rarement. Vendre un bien immobilier pour donner de l'argent à ses enfants peut déclencher une plus-value, des frais et une perte de revenus. Quand le patrimoine contient un bien à transmettre, il est souvent plus efficace de donner le bien lui-même, éventuellement en nue-propriété, et de garder les liquidités pour les dons d'argent. C'est la logique suivie pour les appartements du couple, apportés à une société civile dont les parts ont été données en nue-propriété.
Une transmission à préparer, une succession à régler ?
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Le don familial et l'abattement de 100 000 €
Qu'est-ce que le don familial de sommes d'argent ?
Le don familial de sommes d'argent est une exonération spécifique qui permet à un parent de donner jusqu'à 31 865 € à chaque enfant sans droits. Trois conditions s'appliquent : le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don, le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé, et le don doit être fait en argent (chèque, virement, espèces). L'exonération se renouvelle tous les quinze ans. Les conditions complètes figurent sur la fiche Service-Public consacrée aux dons de sommes d'argent.
Comment se cumule-t-il avec l'abattement classique ?
Le don familial s'ajoute à l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, qui s'applique à toutes les donations, quel que soit le bien donné. Un parent peut donc transmettre jusqu'à 131 865 € à chaque enfant tous les quinze ans sans droits. Avec deux parents, ce montant double. Nous avons détaillé le dispositif dans notre article sur le don familial de 31 865 € et ses conditions.
Comment les 50 000 € de Léa sont-ils exonérés ?
Dans le dossier, Philippe donne les 50 000 € à Léa en combinant deux exonérations :
| Exonération utilisée | Montant | Droits |
|---|---|---|
| Don familial de sommes d'argent | 31 865 € | 0 € |
| Reliquat de l'abattement de 100 000 € de Philippe | 18 135 € | 0 € |
| Total donné à Léa | 50 000 € | 0 € |
Philippe dispose encore d'un reliquat d'abattement parce que la donation de la nue-propriété des parts de SCI n'a consommé que 81 000 € par enfant. Le don d'argent vient compléter cette donation sans aucun coût. Avec la loi actuelle, l'opération est donc déjà gratuite.
Existe-t-il une exonération spéciale pour l'achat d'un logement ?
Oui, mais elle est ciblée et temporaire. Pour les sommes versées depuis le 15 février 2025 et jusqu'au 31 décembre 2026, un parent peut donner jusqu'à 100 000 € sans droits à un enfant, sans condition d'âge, si l'argent sert à acheter un logement neuf ou en vente en l'état futur d'achèvement, ou à financer une rénovation énergétique de sa résidence principale. Les fonds doivent être utilisés dans les six mois, et le logement conservé comme résidence principale ou loué pendant cinq ans. Pour un achat dans l'ancien, comme celui de Léa, ce dispositif ne s'applique pas.
Préserver l'équité entre les enfants
Pourquoi prévoir le même montant pour l'autre enfant ?
Thomas, 31 ans, n'achète pas de résidence principale pour l'instant. Il n'a donc pas besoin d'aide immédiate. Mais donner de l'argent à ses enfants sans équilibre crée des tensions, même dans les familles où tout le monde s'entend bien. Le couple a donc prévu le même montant de 50 000 € pour Thomas, qui lui sera donné au moment où il en aura besoin.
En attendant, cette enveloppe continue de capitaliser, notamment au travers des contrats d'assurance vie de Philippe et Catherine.
Le don à Léa sera-t-il rapporté à la succession ?
Civilement, une donation simple faite à un enfant est en principe rapportable à la succession : au décès des parents, elle est réintégrée pour calculer les parts de chacun. Pour éviter des recalculs complexes et des contestations, il est possible d'intégrer les dons dans une donation-partage, qui fige les valeurs au jour de l'acte. Le choix dépend de l'organisation globale de la famille et se discute avec le notaire.
Peut-on aussi donner aux petits-enfants ?
Oui. Le don familial s'applique aussi aux petits-enfants majeurs, et chaque grand-parent dispose en plus d'un abattement de 31 865 € par petit-enfant. Philippe et Catherine ont deux petits-enfants : c'est une piste pour la suite, que nous détaillons dans notre article sur la donation transgénérationnelle aux petits-enfants.
Ce que prévoit le PLF 2027 pour les dons d'argent
Le PLF 2027 est-il voté ?
Non. Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé début octobre 2026 et il est en cours de discussion au Parlement. Ses mesures peuvent évoluer d'ici le vote, prévu en fin d'année. Tout ce qui suit décrit un projet, pas la loi en vigueur.
Quelles mesures concernent les dons d'argent ?
Le PLF 2027 contient deux mesures temporaires qui intéressent directement les familles qui veulent donner de l'argent à leurs enfants :
| Mesure du PLF 2027 | Règle actuelle | Règle prévue par le projet |
|---|---|---|
| Don familial de sommes d'argent | 31 865 € par parent et par enfant | Porté à 50 000 € sur une fenêtre temporaire en 2027 |
| Taxation au-delà des abattements | Barème progressif de 5 % à 45 % | Taux unique de 6 % jusqu'à 100 000 € de part taxable |
Selon le texte déposé, le don familial porté à 50 000 € ne serait pas rappelé fiscalement, ce qui le rendrait encore plus intéressant que le dispositif actuel.
Philippe et Catherine doivent-ils attendre le vote ?
Non. Leur don à Léa est déjà gratuit avec la loi actuelle. Si le PLF 2027 est voté dans sa forme actuelle, l'opération sera simplement encore plus favorable. Le taux de 6 % ne leur sert à rien, puisque leurs abattements suffisent. Il intéressera surtout les familles qui ont déjà donné et dont les abattements sont épuisés.
D'autres mesures sont souvent évoquées dans le débat, comme la baisse de l'abattement de 100 000 € ou l'allongement du délai de quinze ans. Elles ne figurent pas dans le projet. Les familles qui hésitent à agir par crainte d'un durcissement peuvent donc avancer sous les règles actuelles, qui sont connues et stables jusqu'au vote.
Les formalités pour donner de l'argent à ses enfants
Faut-il passer chez le notaire ?
Non, pas obligatoirement. Un don d'argent peut se faire par simple virement ou chèque, c'est un don manuel. L'acte notarié devient utile quand on souhaite intégrer le don dans une donation-partage, prévoir des clauses particulières (par exemple une clause de remploi si l'argent finance un bien immobilier) ou sécuriser l'équité entre les enfants.
Comment déclarer le don ?
Le bénéficiaire doit déclarer le don dans le mois qui suit, en ligne sur son espace impots.gouv.fr ou à l'aide du formulaire prévu. Pour cumuler le don familial et l'abattement, la déclaration précise les deux exonérations utilisées. Ne pas déclarer un don expose à des droits et des pénalités si l'administration le découvre, par exemple lors de la succession.
Peut-on protéger l'argent donné en cas de divorce de l'enfant ?
Oui. Si Léa achète avec un conjoint, l'argent donné par ses parents peut se retrouver noyé dans un bien commun. Pour le protéger, l'acte d'achat doit mentionner l'origine des fonds, par une déclaration d'emploi ou de remploi si Léa est mariée, ou une répartition des quotes-parts adaptée si elle achète en indivision ou en concubinage. Les parents peuvent aussi prévoir dans un acte notarié que la somme reste un bien propre de leur fille. Cette précaution coûte peu et évite des discussions douloureuses en cas de séparation.
Quelles erreurs éviter ?
- Financer le don par une source fiscalement coûteuse, comme une sortie de PER ou la vente d'un bien avec plus-value.
- Oublier la limite d'âge de 80 ans pour le don familial de sommes d'argent.
- Négliger les autres enfants, au risque de créer un déséquilibre et des tensions.
- Agir sur un texte non voté sans vérifier qu'on bénéficie déjà d'une exonération suffisante sous la loi actuelle.
Pour organiser ces dons dans une stratégie de transmission complète, un cabinet de gestion de patrimoine à Bordeaux peut vérifier l'ordre des opérations et les abattements disponibles avant tout versement.
FAQ – Donner de l'argent à ses enfants
Combien peut-on donner à ses enfants sans payer de droits ?
Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant sans droits grâce à l'abattement classique, plus 31 865 € au titre du don familial de sommes d'argent, soit 131 865 € tous les quinze ans. Le don familial suppose que le donateur ait moins de 80 ans et que l'enfant soit majeur.
Comment donner 50 000 € à son enfant sans payer d'impôt ?
Il suffit de cumuler le don familial de 31 865 € et une partie de l'abattement de 100 000 €, à condition de ne pas les avoir déjà utilisés dans les quinze dernières années. L'argent doit provenir d'une source qui ne déclenche pas d'impôt au retrait, comme des livrets, plutôt qu'une sortie de PER.
Faut-il déclarer un don d'argent à son enfant ?
Oui. L'enfant qui reçoit le don doit le déclarer dans le mois qui suit, en ligne ou à l'aide du formulaire prévu, même s'il n'y a aucun droit à payer. La déclaration permet de faire valoir les exonérations et de dater le don pour le calcul des quinze ans.
Le don familial passe-t-il à 50 000 € en 2027 ?
C'est ce que prévoit le projet de loi de finances pour 2027, sur une fenêtre temporaire. Le texte n'est pas voté et peut évoluer d'ici la fin de l'année. Aujourd'hui, le montant applicable reste 31 865 € par parent et par enfant.
Peut-on utiliser son PER pour aider un enfant à acheter ?
C'est possible mais souvent coûteux. Les versements déduits du revenu sont réimposés lors de la sortie en capital. Dans le cas étudié, sortir le PER pour financer 50 000 € de don aurait coûté plus de 60 000 € de fiscalité, alors qu'un don financé par les livrets ne coûtait rien.
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Les mesures du projet de loi de finances pour 2027 décrites ici ne sont pas votées et peuvent évoluer. Pour toute situation spécifique, nous vous recommandons de consulter un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine.






