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Managed futures : +20 % en 2022, rien de 2009 à 2019

Les managed futures désignent une stratégie de gestion alternative qui investit, à la hausse comme à la baisse, sur des contrats à terme (futures) portant sur des indices actions, des taux, des devises et des matières premières, le plus souvent au moyen d'algorithmes de suivi de tendance. Les gérants qui la pratiquent sont appelés CTA, pour « Commodity Trading Advisors ».

La stratégie fait parler d'elle à chaque fois que les marchés se retournent brutalement. En 2008 comme en 2022, alors que les portefeuilles classiques encaissaient de lourdes pertes, certains de ces fonds affichaient des performances positives. De quoi convaincre de nombreux épargnants d'y voir un placement miracle, capable de gagner dans toutes les configurations.

La réalité est plus contrastée. Les managed futures peuvent jouer un rôle utile dans une allocation, mais elles peuvent aussi ne rien rapporter pendant une décennie entière. Cet article explique leur fonctionnement, leurs atouts en période de stress, leurs limites sur le long terme et la place raisonnable à leur donner dans un portefeuille.

Source : cet article est tiré de la vidéo « Obligations françaises à 5 % : le risque de duration expliqué simplement » de la chaîne Ingefii.

Points clés à retenir

  • Une gestion algorithmique : ces fonds suivent les tendances de marché au moyen de modèles automatisés, sans jugement humain discrétionnaire, sur des milliers de transactions.
  • Un objectif de décorrélation : la stratégie vise à générer de la performance que le marché soit haussier ou baissier, indépendamment des cycles économiques.
  • Des années de crise remarquables : en 2022, l'indice SG CTA a progressé d'environ 20 %, et son sous-indice de suivi de tendance de plus de 27 %.
  • Une décennie blanche : entre 2009 et 2019, beaucoup de ces stratégies n'ont quasiment rien rapporté, voire ont perdu de l'argent.
  • Une poche de diversification, jamais une brique centrale : la stratégie peut compléter une allocation, avec une sélection rigoureuse du gérant, car les écarts de performance entre fonds sont importants.

Que sont les managed futures ?

Une stratégie qui investit sur des contrats à terme

Un contrat à terme (future) est un engagement d'acheter ou de vendre un actif à un prix fixé, à une date future. Ces contrats existent sur les grands indices boursiers, les obligations d'État, les devises, le pétrole, l'or ou les produits agricoles. Ils permettent de s'exposer à un marché, à la hausse comme à la baisse, en mobilisant une fraction seulement du montant investi.

Ces fonds utilisent ces instruments pour prendre des positions sur un très grand nombre de marchés à la fois. Ils peuvent être acheteurs d'un indice actions, vendeurs d'obligations, acheteurs de dollars et vendeurs de cuivre en même temps, selon les signaux de leurs modèles.

Qu'est-ce qu'un CTA ?

Un CTA (Commodity Trading Advisor) est le gérant qui met en œuvre une stratégie de managed futures. Le terme vient des États-Unis, où ces gérants étaient historiquement spécialisés dans les matières premières, avant d'élargir leur champ à toutes les classes d'actifs. Aujourd'hui, les deux expressions sont utilisées de façon presque interchangeable.

Une gestion algorithmique et momentum

L'essentiel de ces stratégies repose sur une gestion algorithmique. Ce ne sont pas des humains qui décident de chaque position, mais des modèles qui analysent les prix et réagissent automatiquement. La logique dominante est celle du suivi de tendance, ou momentum : quand un marché monte durablement, le modèle achète ; quand il baisse durablement, il vend. En suivant les flux, la stratégie cherche à gagner quelques points de performance sur des millions de transactions.

Ce fonctionnement mécanique est à la fois une force et une faiblesse. Il évite les biais émotionnels qui poussent les investisseurs à paniquer ou à s'entêter. Mais il a besoin de tendances nettes pour fonctionner, et il souffre lorsque les marchés évoluent sans direction claire.

La gestion alternative et la recherche de décorrélation

Qu'est-ce que la gestion alternative ?

La gestion alternative regroupe les stratégies d'investissement qui ne se contentent pas d'acheter et de conserver des actions ou des obligations. Elle inclut notamment les fonds long-short, les stratégies d'arbitrage, les stratégies macroéconomiques et les managed futures. Leur point commun est de chercher une source de performance différente de celle des marchés traditionnels.

Pourquoi la décorrélation est recherchée

La décorrélation désigne le fait qu'un actif évolue indépendamment des autres. L'un des buts de la gestion alternative est de générer des performances décorrélées des cycles économiques : que le marché soit haussier ou baissier, la stratégie peut produire de la performance. Pour un portefeuille, l'intérêt est évident. Ajouter une poche qui ne réagit pas comme le reste permet de diversifier réellement, et pas seulement en apparence.

Cette logique d'allocation d'actifs vise à désensibiliser un portefeuille à un retournement de marché. Si demain les actions et les obligations baissent ensemble, une poche alternative qui ne suit pas ce mouvement peut amortir le choc. C'est la raison d'être de ces stratégies.

Une diversification qui a fait défaut en 2022

La décorrélation est d'autant plus précieuse que la diversification classique a montré ses limites. Pendant des décennies, les obligations ont joué le rôle d'amortisseur quand les actions chutaient. En 2022, ce mécanisme s'est enrayé : la hausse brutale des taux a fait baisser simultanément les actions et les obligations. Nous revenons sur ce lien entre taux et actions dans notre article sur la hausse des taux et la résistance des actions en 2026. Les portefeuilles diversifiés de manière traditionnelle ont donc subi des pertes sur les deux tableaux.

Vos placements sont-ils alignés avec ce contexte ?

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2008 et 2022 : quand les managed futures font la différence

La crise de 2008

En 2008, la crise financière fait plonger les marchés actions d'environ 40 %. Dans ce contexte catastrophique, certains CTA ont généré des performances positives. La raison tient à leur mécanique : la baisse des marchés a été longue et marquée, ce qui a permis aux modèles de suivi de tendance de se positionner à la vente sur les actions et à l'achat sur les obligations d'État, qui servaient alors de valeur refuge.

L'année record de 2022

En 2022, le scénario se répète, avec une intensité encore plus forte. Face à l'inflation et au relèvement rapide des taux, les tendances ont été nettes et durables : baisse des obligations, hausse du dollar, envolée de l'énergie. Selon le bilan annuel publié par Hedgeweek, l'indice SG CTA a progressé d'environ 20 % sur l'année, et son sous-indice de suivi de tendance de plus de 27 %, sa meilleure performance annuelle. Les positions vendeuses sur les obligations ont été le principal moteur de ces gains.

PériodeContexte de marchéComportement des CTA
2008Krach financier, actions à environ -40 %Performances positives pour certains fonds
2009-2019Longue hausse des marchés, taux très bas, peu de tendances franchesPerformance quasi nulle, parfois négative
2022Hausse des taux, baisse simultanée actions et obligationsIndice SG CTA : environ +20 %

Ce que ces épisodes enseignent

Ces deux années montrent que les managed futures peuvent bien fonctionner dans les gros scénarios de stress, quand le marché se retourne littéralement. Il faut toutefois insister sur le verbe « pouvoir ». Ce n'est pas du tout une science exacte. Les résultats dépendent de la forme de la crise : un krach soudain suivi d'un rebond rapide, sans tendance durable, peut au contraire piéger les modèles, qui se positionnent à la baisse au moment où le marché repart.

2009-2019 : la décennie où la stratégie n'a rien rapporté

Une décennie blanche

Le revers de la médaille est moins connu. Entre 2009 et 2019, c'est-à-dire entre la sortie de la crise financière et le Covid, beaucoup de stratégies de suivi de tendance n'ont quasiment rien rapporté. Pendant une décennie, un investisseur fortement exposé à ces fonds a vu son capital stagner, voire reculer, pendant que les marchés actions multipliaient leur valeur.

Pourquoi les modèles ont-ils sous-performé ?

Plusieurs facteurs expliquent cette période difficile. Les banques centrales ont maintenu les taux au plus bas et soutenu les marchés, ce qui a réduit la volatilité et les grandes tendances sur lesquelles les modèles prospèrent. Les corrections ont souvent été brèves et suivies de rebonds rapides, un environnement défavorable au suivi de tendance. Enfin, des taux proches de zéro privaient ces fonds d'une source de revenu non négligeable : la rémunération de la trésorerie non mobilisée par les contrats à terme.

Le coût d'opportunité d'une poche trop importante

Cette décennie illustre un risque souvent sous-estimé : le coût d'opportunité. Une poche de managed futures qui ne rapporte rien pendant dix ans n'entraîne pas forcément de perte en capital, mais elle prive le portefeuille de la performance qu'aurait générée un autre placement. Plus la poche est importante, plus ce manque à gagner pèse sur le résultat final. C'est pourquoi il serait déraisonnable de construire une stratégie d'épargne autour de ces seuls fonds.

Sélectionner un fonds de CTA : un exercice exigeant

Des performances très dispersées

Les fonds de CTA ne se ressemblent pas. Les plus grands acteurs du secteur ont affiché, ces dernières années, des performances assez dissonantes les uns des autres. Certains privilégient le suivi de tendance de long terme, d'autres des signaux de court terme, d'autres encore combinent plusieurs approches. Les univers de marchés couverts, le niveau de risque et la vitesse de réaction des modèles varient fortement.

Les critères à examiner

La sélection du gérant est donc décisive. Plusieurs éléments méritent d'être analysés avant d'investir : l'historique de performance sur plusieurs cycles complets (y compris les périodes difficiles), le comportement réel lors des crises passées, la volatilité cible, la liquidité du fonds et le niveau de frais.

CritèreCe qu'il faut vérifier
HistoriquePerformance sur au moins un cycle complet, dont une crise
Comportement en stressRésultats en 2008, 2020 et 2022
Volatilité cibleCohérence avec le profil de risque recherché
FraisFrais de gestion et commission de surperformance
AccessibilitéDisponibilité en assurance-vie ou en compte-titres, liquidité

Le poids des frais

Les fonds de gestion alternative appliquent souvent des frais plus élevés que les fonds indiciels, avec parfois une commission de surperformance en plus des frais de gestion. Sur une stratégie dont la performance de long terme est modeste en dehors des périodes de crise, ces frais peuvent absorber une part importante du rendement. Ils doivent être intégrés à l'analyse dès le départ.

Comment accéder à ces stratégies en France ?

Pour un particulier, l'accès passe le plus souvent par des fonds au format UCITS, c'est-à-dire des fonds réglementés européens qui appliquent une stratégie de suivi de tendance tout en respectant des règles de liquidité et de diversification. Certains sont référencés comme unités de compte dans des contrats d'assurance-vie, d'autres sont accessibles via un compte-titres. Les fonds offshore les plus connus, réservés aux investisseurs professionnels, ne sont en général pas ouverts aux épargnants.

Le contexte de taux joue aussi en faveur de la stratégie aujourd'hui. Les contrats à terme ne mobilisent qu'une petite partie du capital, le reste étant placé en trésorerie, généralement en titres d'État à court terme. Avec des taux courts redevenus positifs, cette trésorerie rapporte à nouveau, ce qui n'était pas le cas pendant la décennie de taux zéro. C'est un soutien discret mais réel à la performance, indépendant de la qualité des modèles.

Quelle place pour la gestion alternative dans une allocation ?

Une faible poche de diversification

Le message n'est pas de dire que les managed futures sont une bonne ou une mauvaise idée. Dans une faible poche de diversification, au sein d'une allocation, elles ont leur place, précisément parce qu'elles peuvent bien se comporter quand les marchés se retournent. En revanche, y consacrer une part hyper significative du patrimoine reviendrait à accepter le risque d'une nouvelle décennie à performance nulle, voire négative.

Cette logique rejoint un principe plus général que nous développons dans notre article sur l'allocation d'actifs et l'art de diversifier sans diluer ses convictions : chaque brique d'un portefeuille doit avoir un rôle précis, et la diversification n'a de valeur que si elle reste proportionnée.

Un exemple d'effet sur un portefeuille

Pour mesurer l'intérêt de la décorrélation, prenons une hypothèse simple. Un portefeuille classique, composé d'actions et d'obligations, perd 16 % lors d'une année où les deux classes d'actifs baissent ensemble, comme en 2022. Si 10 % de ce portefeuille avaient été placés dans une poche de suivi de tendance progressant de 20 %, la perte globale aurait été ramenée à environ 12,4 %. L'amortisseur est réel, sans être spectaculaire.

Le même calcul, appliqué à une décennie comme 2009-2019, montre le revers : si la poche alternative stagne pendant que le reste du portefeuille progresse, elle freine la performance d'ensemble. Une poche de 10 % qui ne rapporte rien pendant dix ans coûte une fraction de la performance totale, ce qui reste acceptable. Une poche de 40 % deviendrait en revanche un frein majeur. C'est tout l'enjeu du dosage.

Construire la poche progressivement

Pour un investisseur convaincu que les marchés présentent de plus en plus de risques, il peut être pertinent de construire petit à petit une poche alternative, que l'on agrémente au fil du temps. Cette approche progressive évite d'investir massivement au mauvais moment, par exemple juste après une année exceptionnelle qui aurait attiré beaucoup de capitaux vers la stratégie. Elle s'inscrit dans une démarche plus large de protection du portefeuille, que nous détaillons dans notre article sur les moyens de se protéger d'un krach boursier.

Jamais une brique centrale

Les managed futures ne doivent jamais constituer la brique centrale d'une allocation. Le cœur d'un portefeuille de long terme reste composé d'actifs productifs (actions, obligations, immobilier), qui génèrent des revenus et de la croissance. La poche alternative intervient en complément, comme une assurance partielle contre certains scénarios de crise, dont le coût est d'accepter des périodes longues sans rendement.

Le dosage dépend de chaque situation : taille du patrimoine, horizon, tolérance aux fluctuations, enveloppes disponibles. C'est ce travail de construction et de sélection que mène un cabinet de gestion de patrimoine à Bordeaux, en particulier sur une stratégie aussi technique que celle-ci.

FAQ sur les managed futures

Qu'est-ce que les managed futures ?

Les managed futures sont une stratégie de gestion alternative qui investit à la hausse comme à la baisse sur des contrats à terme portant sur les actions, les taux, les devises et les matières premières. Elle repose le plus souvent sur des algorithmes de suivi de tendance. Les gérants qui la pratiquent sont appelés CTA.

Les managed futures sont-elles un bon investissement à long terme ?

Pas comme placement principal. Ces fonds peuvent bien se comporter en période de crise, comme en 2008 ou en 2022, mais beaucoup de ces fonds n'ont quasiment rien rapporté entre 2009 et 2019. Elles ont leur place dans une faible poche de diversification, jamais comme brique centrale d'une allocation.

Comment les managed futures ont-elles performé en 2022 ?

L'année 2022 a été exceptionnelle pour la stratégie. L'indice SG CTA a progressé d'environ 20 %, et son sous-indice de suivi de tendance de plus de 27 %, sa meilleure année. Les tendances nettes sur les taux, le dollar et l'énergie ont été favorables aux modèles.

Quelle part de son portefeuille investir en managed futures ?

Une part limitée, en tant que poche de diversification. Le dosage dépend du patrimoine, de l'horizon et de la tolérance au risque, mais il ne doit jamais faire de cette poche le cœur de l'allocation. Construire la poche progressivement permet d'éviter d'investir au mauvais moment.

Qu'est-ce qu'un CTA en finance ?

Un CTA, ou Commodity Trading Advisor, est un gérant qui investit sur des contrats à terme selon une stratégie de managed futures. Historiquement spécialisés dans les matières premières, les CTA interviennent aujourd'hui sur toutes les classes d'actifs, le plus souvent avec des modèles algorithmiques de suivi de tendance.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les stratégies de gestion alternative comportent un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour toute situation spécifique, nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine.

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