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Vendre en 2026 : pourquoi l’ancien résiste quand le neuf s’effondre

Le marché immobilier français de 2026 n'est pas un marché en effondrement, mais un marché coupé en deux : les transactions dans l'ancien progressent de 10 % sur un an au deuxième trimestre selon les Notaires du Grand Paris, tandis que le logement neuf enregistre son plus mauvais semestre jamais observé avec 38 932 réservations.

Cette divergence change complètement la lecture qu'un vendeur doit faire de sa situation. Le discours ambiant sur la crise immobilière décrit en réalité le neuf, dont la mécanique dépend d'un dispositif fiscal et d'un acheteur institutionnel qui ont tous deux disparu. L'ancien, lui, absorbe le choc de taux, avec des acquéreurs plus lents, plus exigeants et bien mieux informés qu'en 2021.

La conséquence pratique tient en une phrase : un bien correctement positionné se vend encore vite, un bien surévalué de 10 % ne se vend plus du tout. Cet article détaille les délais réels par ville, les niveaux de négociation constatés et la méthode de préparation qui fait la différence à la mise en vente.

Source : cet article est tiré d'un entretien avec Jérôme Mazurier, Directeur du Pôle Immobilier chez Ingefii, dans l'épisode « Immobilier 2026 : les ventes s'effondrent, pourtant la location est en pénurie ».

Points clés à retenir

  • Deux marchés opposés : +10 % de transactions dans l'ancien sur un an au deuxième trimestre 2026, contre le plus bas semestre jamais enregistré dans le neuf. L'effondrement est celui de la promotion, pas celui de l'immobilier.
  • Des prix quasi stables : 3 143 euros par mètre carré en moyenne en France au 1er septembre, en progression de 0,5 % depuis janvier. Bordeaux ressort à 4 557 euros, en hausse de 2,6 % sur un an.
  • Des délais de vente très inégaux : 67 jours à Lyon, 70 à Paris, 80 à Bordeaux, 88 à Montpellier et 114 à Rennes. La moyenne nationale masque des écarts de plus de 45 jours entre métropoles.
  • Le rural en tête : l'indice des zones rurales progresse de 4,1 % sur huit mois, avec un pouvoir d'achat immobilier maximal à environ quarante minutes en voiture des grands centres urbains.
  • Le haut de gamme décroche : des décotes de 15 à 20 % sont jugées nécessaires pour relancer les transactions sur les segments où les vendeurs restent ancrés aux prix post-Covid.
  • Des offres à moins 10 à 30 % : les acquéreurs testent systématiquement, et écartent sans négocier les biens qu'ils jugent hors marché. Un bien au bon prix avec de vrais atouts part en une semaine.

Le paradoxe chiffré de la rentrée 2026

Ce que disent les volumes de transactions

Les Notaires du Grand Paris font état d'une progression des transactions dans l'ancien de 10 % sur un an au deuxième trimestre 2026. Un grand réseau d'agences confirme la tendance à l'échelle nationale : son volume de transactions reculait de 3 % depuis janvier à fin juin, il progresse de 1 % au 20 août. Les vendeurs qui avaient suspendu leur projet l'ont concrétisé, et les acheteurs ont été plus nombreux malgré un climat général anxiogène.

La présidente de la Chambre des notaires de Paris assortit toutefois ce chiffre d'une réserve explicite : la reprise reste fragile et sensible aux fluctuations de la situation politique, économique et financière. Cette fragilité est le point à retenir pour un vendeur. Le marché ne s'est pas retourné, il a retrouvé un régime de fonctionnement, ce qui n'est pas la même chose.

Pourquoi le neuf subit ce que l'ancien absorbe

Dans le neuf, la Fédération des promoteurs immobiliers enregistre 38 932 réservations au premier semestre 2026, en recul de 18,3 % sur un an, sous le niveau du semestre du confinement. Au deuxième trimestre seul, 19 356 logements vendus, soit plus de 54 % de moins qu'en 2021. Trois raisons expliquent que l'ancien tienne quand le neuf décroche : un prix d'entrée inférieur, une disponibilité immédiate du bien, et l'absence de risque d'achèvement.

S'y ajoute une différence structurelle décisive : l'ancien ne dépend d'aucun dispositif fiscal pour trouver ses acquéreurs. Le neuf, lui, a perdu simultanément son régime d'incitation et son acheteur de dernier ressort, ce que nous détaillons dans notre analyse de la crise du logement neuf et des permis de construire rendus par les promoteurs.

Prix et délais de vente, métropole par métropole

Où en sont les prix au mètre carré ?

Le prix moyen français s'établit à 3 143 euros par mètre carré au 1er septembre 2026, en hausse de 0,5 % depuis janvier et de 0,1 % sur un mois. La progression est donc réelle mais contenue, très loin des rythmes de 2021. Paris se négocie à 9 670 euros, stable sur un an. Bordeaux ressort à 4 557 euros, avec la deuxième meilleure progression annuelle du Top 10 à 2,6 %.

Cette photographie nuance le discours dominant sur la baisse des prix en centre-ville. La correction a bien eu lieu, mais elle est désormais derrière nous sur la plupart des métropoles, et les écarts se jouent maintenant entre segments plutôt qu'entre villes, comme nous l'avons montré dans notre analyse des prix immobiliers à deux vitesses entre la ville et la campagne.

Combien de temps faut-il pour vendre ?

VillePrix au m² (1er sept. 2026)Évolution sur un anDélai de vente
Lyon4 714 €+ 0,2 %67 jours
Paris9 670 €0 %70 jours
Nantes3 625 €- 0,6 %76 jours
Bordeaux4 557 €+ 2,6 %80 jours
Montpellier3 490 €- 0,4 %88 jours
Rennes4 202 €+ 2,5 %114 jours

Un délai de commercialisation de 80 jours à Bordeaux reste un signal favorable au regard du contexte de taux. Mais cette valeur est une moyenne : elle recouvre des biens vendus en une semaine et des biens immobilisés plus de six mois. La dispersion autour de la moyenne est aujourd'hui bien plus instructive que la moyenne elle-même, et elle dépend presque entièrement du prix de mise en vente initial.

Pourquoi le rural progresse et ce qui peut l'arrêter

Où se situe le meilleur pouvoir d'achat immobilier ?

L'indice des zones rurales progresse de 4,1 % sur huit mois, soit huit fois la moyenne nationale. La zone la plus recherchée se situe à environ quarante minutes en voiture des grands centres urbains : c'est là que le pouvoir d'achat immobilier reste le moins contraint, ce qui amortit directement le renchérissement du crédit. Pour un ménage dont la capacité d'emprunt a reculé, s'éloigner de quinze kilomètres restaure souvent plus de surface qu'une renégociation de taux.

Ce mouvement profite aux vendeurs de maisons en périphérie et en secteur rural, y compris sur des biens restés difficiles à commercialiser entre 2023 et 2025. Il s'inscrit dans une recomposition durable de la demande, où la surface et l'extérieur priment de nouveau sur la centralité.

La variable carburant, à surveiller de près

Un arbitrage résidentiel fondé sur la distance repose sur une hypothèse implicite : un coût de déplacement stable. Cette hypothèse est aujourd'hui fragilisée par la tension sur les prix de l'énergie, alimentée par le contexte géopolitique, dont nous avons analysé les ressorts dans notre article sur la hausse du baril malgré le recul de la demande.

Le calcul mérite d'être refait avant d'acheter loin. Deux trajets quotidiens de trente kilomètres représentent environ 14 000 kilomètres par an et par actif, soit une charge qui peut annuler l'économie réalisée sur le prix d'acquisition si le carburant se renchérit durablement. Pour un vendeur situé en zone très périurbaine, c'est aussi un facteur de risque à intégrer : la demande y est bonne aujourd'hui, elle est sensible au prix de l'énergie demain.

Le bon prix ou l'immobilisation : ce que montre le terrain

Ce qui fait partir un bien en une semaine

Un bien correctement positionné se vend toujours très vite. Un exemple récent suivi par nos équipes bordelaises l'illustre : une maison mise en vente au prix de marché, dotée d'une place de parking dans un quartier qui en manque cruellement et d'un jardin rare sur ce secteur, a trouvé preneur en une semaine. Les deux éléments ont joué ensemble, le prix et la rareté des prestations.

La leçon est mécanique. Sur un marché où l'acquéreur compare dix biens en ligne avant de visiter, le prix est le premier filtre et les atouts différenciants font la décision finale. Un bien sans atout particulier n'est pas invendable, il doit simplement être positionné au prix du marché, pas au prix du souvenir de 2021.

Le coût réel d'une surévaluation de 10 %

Deux autres biens du même portefeuille ont été mis en vente légèrement au-dessus du marché, à la demande des vendeurs. Ce léger écart suffit aujourd'hui à immobiliser la commercialisation. La stratégie qui consistait à afficher 10 à 15 % au-dessus en espérant un coup de cœur fonctionnait en 2021, elle ne fonctionne plus : les acquéreurs sont raisonnés, ils écartent immédiatement les biens hors marché et ne prennent même pas la peine de négocier.

Positionnement initialComportement des acquéreursConséquence
Au prix de marchéVisites rapides, offres dans les premiers joursVente possible en une à trois semaines
5 à 10 % au-dessusVisites rares, offres très basses ou absentesImmobilisation, puis baisse subie
Plus de 10 % au-dessusBien écarté dès la recherche en lignePerte d'effet nouveauté, prolongation des diagnostics

Le coût d'une surévaluation n'est donc pas un simple retard. Un bien qui reste affiché plusieurs mois perd son effet de nouveauté, devient suspect aux yeux des acquéreurs réguliers du secteur et finit presque toujours par se vendre en dessous du prix qu'il aurait obtenu en partant juste. La baisse arrive, mais elle arrive subie plutôt que choisie.

Comment traiter une offre à moins 20 %

Une pratique désormais systématique

Les offres à moins 10, moins 20 voire moins 30 % du prix affiché sont devenues courantes. Les acquéreurs testent sans état d'âme : si l'offre passe, tant mieux, sinon ils passent au bien suivant sans engager de discussion. Cette systématisation ne doit pas être prise pour un mépris du bien, c'est une méthode de marché appliquée indifféremment.

La bonne réaction d'un vendeur n'est ni l'indignation ni l'acceptation immédiate. Une offre très basse renseigne sur trois choses : l'existence d'un acquéreur réellement intéressé, sa capacité de financement, et l'écart entre le prix affiché et sa perception de la valeur. Ces trois informations valent d'être analysées avant de répondre.

Le poids décisif du mode de financement

Toutes les offres n'ont pas la même valeur à montant égal. Une proposition à moins 20 % émanant d'un acquéreur qui paie comptant, sans condition suspensive de prêt, sécurise l'opération et supprime le risque de refus bancaire, aujourd'hui non négligeable dans un contexte où la production de crédit recule de 13,2 à 11 milliards d'euros en un mois. Elle mérite au minimum d'être étudiée avec attention, même si la réponse n'est pas immédiatement positive.

À l'inverse, une offre au prix assortie d'un financement fragile expose à deux ou trois mois d'immobilisation pour un compromis qui n'ira pas à son terme. Le lien avec l'évolution des barèmes bancaires est direct, et nous le détaillons dans notre article consacré aux taux de crédit immobilier commandés par l'OAT plutôt que par la BCE. Pour un vendeur, la solidité du financement est devenue un critère de sélection à part entière.

Le cas particulier du haut de gamme

Le segment haut de gamme décroche nettement, notamment sur les secteurs résidentiels des Hauts-de-Seine et sur le littoral normand, où les vendeurs restent ancrés à des prix post-Covid. Des décotes de 15 à 20 % sont jugées nécessaires pour que les transactions repartent sur ces segments. L'écart entre l'attente du vendeur et la réalité du marché y est simplement plus large qu'ailleurs, parce que la période de référence y a été plus euphorique.

Préparer sa vente : atouts, diagnostics et calendrier

Quels diagnostics anticiper ?

La durée de validité des diagnostics obligatoires est devenue un sujet pratique pour les biens en commercialisation longue. Sur le terrain, certains diagnostiqueurs prolongent le même dossier une deuxième, troisième voire quatrième fois, ce qui constitue en soi un indicateur de l'allongement des délais. Faire réaliser ses diagnostics au bon moment, c'est-à-dire une fois le prix arrêté et le bien réellement prêt, évite de payer plusieurs fois la même prestation.

Le diagnostic de performance énergétique mérite une attention particulière, parce qu'il détermine à la fois l'attractivité du bien et sa capacité à être loué par l'acquéreur. Le cadre applicable aux logements classés F et G évolue avec le projet de loi en discussion, dont nous avons détaillé les enjeux dans notre article sur la loi Logement et la situation du bailleur face aux passoires thermiques. Rien n'est applicable à ce jour, et un vendeur ne peut donc pas s'appuyer sur une règle non promulguée pour valoriser un bien mal classé.

Quel calendrier retenir entre l'offre et la signature ?

Une vente qui se déroule normalement demande trois à quatre mois entre l'acceptation de l'offre d'achat et la signature définitive chez le notaire. Ces délais sont quasiment incompressibles : purge du droit de rétractation, obtention du financement, levée des conditions suspensives, purge des droits de préemption et rassemblement des pièces. Quatre mois est l'hypothèse réaliste, trois mois l'hypothèse favorable.

Ce calendrier doit être intégré en amont de tout projet qui dépend du produit de la vente : acquisition en chaîne, besoin de liquidités, opération de transmission. C'est précisément l'une des raisons pour lesquelles l'immobilier ne peut pas servir de réserve de trésorerie, un point que nous développons dans notre analyse de ce que l'immobilier peut et ne peut pas jouer dans une allocation patrimoniale.

FAQ – Vendre un bien immobilier en 2026

Est-ce un bon moment pour vendre un bien immobilier en 2026 ?

Oui pour un bien correctement positionné dans l'ancien, où les transactions progressent de 10 % sur un an au deuxième trimestre 2026. Les acquéreurs sont présents mais sélectifs et lents. La difficulté ne vient pas du marché mais du prix de mise en vente : un bien affiché plus de 10 % au-dessus de sa valeur est écarté avant même la visite.

Combien de temps faut-il pour vendre un appartement à Bordeaux ?

Le délai moyen de commercialisation ressort à 80 jours à Bordeaux au 1er septembre 2026, contre 67 jours à Lyon, 70 à Paris et 114 à Rennes. Cette moyenne recouvre de fortes disparités : un bien au prix avec des prestations rares peut partir en une semaine, un bien surévalué peut rester plusieurs mois sans offre.

Faut-il accepter une offre à 20 % en dessous du prix affiché ?

Cela dépend d'abord du mode de financement de l'acquéreur. Une offre à moins 20 % payée comptant, sans condition suspensive de prêt, supprime le risque d'échec du financement et mérite d'être étudiée sérieusement. Une offre équivalente adossée à un crédit fragile ne présente pas le même intérêt. Les offres basses sont devenues systématiques et ne traduisent pas une dévalorisation du bien.

Pourquoi les prix baissent-ils dans le neuf et pas dans l'ancien ?

Les prix du neuf restent en réalité stables, autour de 5 034 euros par mètre carré au deuxième trimestre 2026, car la hausse du coût des matériaux interdit tout ajustement franc aux promoteurs. Ce sont les volumes qui s'effondrent, avec 38 932 réservations au premier semestre. L'ancien tient parce qu'il ne dépend d'aucun dispositif fiscal, offre une disponibilité immédiate et ne présente pas de risque d'achèvement.

Combien de temps s'écoule entre l'offre d'achat et la signature définitive ?

Comptez trois à quatre mois quand tout se déroule normalement, quatre mois étant l'hypothèse réaliste. Ce délai couvre le droit de rétractation, l'obtention du financement, la levée des conditions suspensives et la purge des droits de préemption. Il est quasiment incompressible et doit être anticipé dans tout projet dépendant du produit de la vente.

Vaut-il mieux vendre en centre-ville ou en zone rurale en 2026 ?

Les deux marchés fonctionnent, mais avec des dynamiques opposées. L'indice des zones rurales progresse de 4,1 % sur huit mois, porté par les secteurs situés à environ quarante minutes des grands centres urbains. Les métropoles restent stables, avec des délais compris entre 67 et 114 jours. Le facteur à surveiller en périphérie lointaine est le coût des déplacements, qui peut annuler l'avantage de prix.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas une estimation ni un conseil personnalisé de mise en vente. Les données de marché citées sont des moyennes à une date donnée et ne préjugent pas de la valeur d'un bien particulier. Pour un accompagnement adapté à votre situation, vous pouvez vous rapprocher d'un professionnel de la gestion d'actifs immobiliers ou d'un notaire.

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