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Krach obligataire : le 30 ans américain a perdu 60 %

Un krach obligataire est une chute brutale et durable du prix des obligations, provoquée par une forte hausse des taux d'intérêt. Celui que traversent les marchés depuis 2020 est l'un des plus violents de l'histoire moderne : depuis son sommet de 2020, le prix de l'obligation du Trésor américain à 30 ans a perdu 60 %, hors coupons, selon BofA Global Research.

Ce krach touche l'actif réputé le plus sûr du monde, la dette de l'État américain. Il s'est pourtant déroulé presque en silence. On parle volontiers de la bulle internet de 2000 ou des subprimes de 2008, beaucoup moins de cette érosion qui a coûté plus que bien des krachs boursiers à ceux qui détenaient de la dette longue.

Cet article explique comment un emprunt d'État a pu perdre 60 % de sa valeur, ce que cela révèle sur la différence entre sécurité et absence de risque, et pourquoi ce krach est paradoxalement ce qui rend l'obligation de nouveau intéressante.

Source : cet article est tiré de la vidéo « Faut-il acheter des obligations maintenant ? » de la chaîne Ingefii.

Points clés à retenir

  • -60 % depuis 2020 : le prix du 30 ans américain a perdu 60 % depuis son sommet de 2020, hors coupons (source : BofA Global Research).
  • Pendant ce temps, +63 % : le PIB nominal américain a progressé de 63 % sur la même période, ce qui a rendu les taux ultra-bas de 2020 intenables.
  • Sûr ne veut pas dire sans risque : l'État américain n'a jamais fait défaut, mais le risque de taux suffit à faire chuter le prix d'une obligation longue.
  • La maturité amplifie le choc : plus une obligation est longue, plus sa duration est élevée et plus son prix réagit à la hausse des taux.
  • Un rendement retrouvé : à 5,23 %, le 10 ans américain compense sur un an une hausse supplémentaire des taux d'environ 65 points de base.

Qu'est-ce qu'un krach obligataire ?

Comment définir un krach sur les obligations ?

Un krach obligataire désigne une baisse profonde du prix des obligations déjà émises, consécutive à une hausse marquée des taux de marché. Le mécanisme est mécanique : une obligation verse un coupon fixe. Quand les nouvelles émissions offrent un rendement plus élevé, les anciennes obligations, moins généreuses, doivent baisser de prix pour rester attractives aux yeux d'un acheteur.

Contrairement à un krach boursier, qui reflète souvent une révision brutale des perspectives de bénéfices, un krach obligataire ne dit rien de la solvabilité de l'emprunteur. L'État américain continue de payer ses coupons et de rembourser ses emprunts. C'est le prix auquel ses anciennes obligations s'échangent qui s'effondre.

Que montre le graphique de BofA ?

Le graphique publié par BofA Global Research retrace l'évolution du prix du 30 ans américain depuis 1988, hors coupons. Pendant plus de trente ans, la tendance de fond est haussière : les taux longs baissent de manière quasi continue, et le prix des obligations longues monte. Le sommet est atteint en 2020, au moment où les taux touchent des plus bas historiques en pleine crise sanitaire.

Depuis, la courbe s'est retournée. Le prix a perdu 60 % entre ce sommet de 2020 et l'automne 2026. Le 30 ans américain, qui rapportait alors entre 1 % et 1,5 %, s'échange désormais avec un rendement proche de 6 %. Toute cette hausse des taux s'est traduite, à l'envers, par l'effondrement du prix des titres émis à l'époque.

Pourquoi parler de krach et pas de simple correction ?

Une correction désigne habituellement une baisse de 10 à 20 %. Une perte de 60 % sur un actif sans risque de défaut relève d'une autre catégorie. Elle est comparable, en ampleur, aux pires épisodes des marchés actions. La différence tient à la durée : là où un krach boursier se joue en quelques semaines ou quelques mois, ce krach obligataire s'est étalé sur six ans, ce qui l'a rendu moins spectaculaire mais pas moins coûteux.

Comment l'actif le plus sûr du monde a perdu 60 %

Quelle différence entre risque de crédit et risque de taux ?

Le risque de crédit est le risque que l'emprunteur ne rembourse pas. Le risque de taux est le risque que la valeur d'une obligation baisse parce que les taux de marché montent. La dette américaine présente un risque de crédit considéré comme quasi nul : c'est ce qui en fait l'actif de référence mondial. Mais elle porte un risque de taux comme n'importe quelle obligation, et ce risque est d'autant plus élevé que la maturité est longue.

La confusion entre ces deux risques explique une bonne partie des mauvaises surprises de ces dernières années. Un investisseur qui achetait du 30 ans américain en 2020 pensait acheter de la sécurité. Il achetait en réalité l'un des actifs les plus sensibles aux taux qui soient.

Pourquoi le 30 ans américain a-t-il été le plus touché ?

La duration mesure la sensibilité du prix d'une obligation à une variation des taux. Plus l'échéance est lointaine, plus le coupon fixe est verrouillé longtemps, et plus le prix réagit fortement à un changement de taux. Une obligation à 30 ans émise avec un coupon très faible a une duration particulièrement élevée : chaque point de hausse des taux lui fait perdre une part importante de sa valeur.

En 2020, la combinaison était la pire possible : maturité très longue, coupon proche de zéro, taux au plus bas historique. Quand les taux sont remontés de plus de 4 points, le prix ne pouvait que s'effondrer. Les mécanismes propres à cette partie de la courbe sont détaillés dans notre analyse du taux 30 ans américain, quand le marché resserre à la place de la Fed.

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Que dit la hausse de 63 % du PIB nominal ?

Sur la même période, le PIB nominal américain a progressé de 63 %. Le PIB nominal mesure la richesse produite sans corriger de l'inflation : il additionne la croissance réelle et la hausse des prix. Cette progression rappelle à quel point les taux de 2020 étaient déconnectés de l'économie.

Sur longue période, les taux longs tendent à se rapprocher de la croissance nominale. Une économie dont la taille nominale augmente de 63 % en six ans, avec une inflation revenue de façon durable, ne peut pas emprunter durablement à 1 % sur trente ans. Le krach obligataire est, en ce sens, le rattrapage d'une anomalie : celle de taux qui intégraient une stagnation qui n'est jamais venue.

Un krach plus discret que les krachs boursiers

Comment se compare-t-il aux grands krachs actions ?

Les krachs boursiers marquent les esprits parce qu'ils sont rapides et médiatisés. Le Nasdaq a perdu environ 33 % sur la seule année 2022, au moment où les banques centrales ont commencé à relever leurs taux. L'éclatement de la bulle internet et la crise des subprimes ont provoqué des baisses plus profondes encore sur les indices actions.

ÉpisodeActif concernéNature du risqueDurée
Bulle internet (2000-2002)Valeurs technologiquesValorisations déconnectées des bénéficesEnviron 2 ans et demi
Subprimes (2007-2009)Actions, banques, créditRisque de crédit et de liquiditéEnviron 18 mois
Nasdaq en 2022Valeurs de croissanceHausse des taux1 an (environ -33 %)
Krach obligataire (2020-2026)Dette d'État longueRisque de taux uniquement6 ans (-60 % sur le 30 ans US)

Le krach obligataire se distingue par sa nature : il ne doit rien à une bulle spéculative ni à une crise de crédit. Il résulte uniquement du retour de l'inflation et de la normalisation des taux. C'est aussi pourquoi il a été si peu commenté : aucune faillite emblématique, aucun lundi noir, seulement une érosion continue des prix.

Pourquoi est-il passé presque inaperçu ?

La plupart des épargnants ne voient pas le prix de marché de leurs obligations. En France, l'essentiel de l'épargne obligataire transite par le fonds euros de l'assurance-vie, dont la valeur ne fluctue pas au jour le jour : les assureurs comptabilisent les titres à leur valeur d'achat et lissent les rendements. Le choc existe, mais il se traduit par des rendements qui rattrapent les taux de marché avec retard plutôt que par une baisse visible du capital.

Les détenteurs directs, eux, ont vu la valeur de leurs titres fondre. Et ceux qui ont dû vendre avant l'échéance ont transformé une perte latente en perte réelle.

Le krach obligataire est-il terminé ?

Personne ne peut affirmer que le krach obligataire est terminé : en septembre 2026, le 10 ans américain a encore gagné 50 points de base, et la Fed a relevé ses taux de 25 points de base le 16 septembre, comme le précise le communiqué de politique monétaire de la Réserve fédérale. Le mouvement de hausse des taux n'a donc pas encore montré de signe d'essoufflement visible.

La gestion privée d'Ingefii estime en revanche que l'essentiel du chemin est parcouru. Elle situe le plafond du 10 ans américain entre 5,50 % et 6 %, un niveau au-delà duquel le coût de la dette deviendrait incompatible avec les besoins de financement de l'économie. Le marché s'en rapproche, et la dernière poussée de stress attendue s'est produite en septembre.

Entre ces deux lectures, la réponse raisonnable n'est pas de parier sur le jour exact du retournement. Elle consiste à revenir progressivement sur l'obligation, par étapes, pour lisser le point d'entrée. Un krach obligataire ne se termine pas par un signal clair : il se termine quand le rendement offert redevient suffisant pour absorber les dernières hausses, ce qui est désormais le cas sur un horizon d'un an.

Qui a payé le prix de la hausse des taux ?

Les porteurs qui ont dû vendre avant l'échéance

Une obligation d'État détenue jusqu'à son échéance est remboursée à sa valeur nominale, sauf défaut. La perte de prix est donc une perte latente tant que le titre n'est pas vendu. Mais tous les porteurs n'ont pas le luxe d'attendre 2050 : un besoin de liquidités, un arbitrage ou une contrainte réglementaire oblige parfois à vendre au prix du marché, et la perte devient alors définitive.

Les banques et le précédent de 2023

Les établissements financiers qui avaient massivement placé leurs dépôts en obligations longues au moment où les taux étaient au plus bas se sont retrouvés exposés. La faillite de Silicon Valley Bank, en mars 2023, en est l'exemple le plus connu : confrontée à des retraits massifs, la banque a dû céder à perte des obligations dont le prix s'était effondré. Ce n'était pas une crise de crédit, mais une crise de taux, un basculement analysé dans notre article sur la dérégulation bancaire, quand le risque de taux remplace le risque de crédit.

Les épargnants, par l'inflation

Même un porteur qui conserve son obligation jusqu'à l'échéance subit une perte réelle. Un coupon de 1 % versé pendant des années d'inflation supérieure à ce niveau détruit du pouvoir d'achat. C'est le mécanisme par lequel les États lourdement endettés allègent leur dette aux dépens de leurs créanciers, détaillé dans notre analyse de la répression financière, ou comment effacer une dette sans jamais la rembourser.

Pourquoi ce krach rend l'obligation de nouveau attractive

Le rendement de départ change tout

Le rendement à l'achat est le meilleur indicateur du rendement futur d'une obligation détenue jusqu'à son échéance. En 2020, acheter du 30 ans américain revenait à figer environ 1 % à 1,5 % par an pendant trois décennies. Fin septembre 2026, le 10 ans américain rapporte 5,23 %, un niveau supérieur à l'inflation américaine actuelle, et le 30 ans approche 6 %. L'obligation a cessé d'être un actif qui ne rapporte rien.

Le coupon devient un coussin

Un coupon élevé protège contre une nouvelle hausse des taux. À 5,23 %, le coupon du 10 ans américain compense sur un an une hausse supplémentaire des taux d'environ 65 points de base. En 2020, la moindre remontée des taux se traduisait par une perte sèche ; aujourd'hui, l'investisseur dispose d'une marge de sécurité avant que sa position ne devienne perdante sur un an.

Ce coussin explique pourquoi la stratégie consistant à acheter des obligations maintenant en allongeant progressivement la duration devient défendable, alors qu'elle aurait été risquée il y a quelques années.

Une asymétrie favorable en cas de détente

La même duration qui a fait chuter les obligations longues joue en sens inverse quand les taux baissent. Si la détente des taux longs anticipée par la gestion privée d'Ingefii se matérialise, que ce soit par un reflux de l'inflation ou par un ralentissement de la croissance, les obligations détenues aujourd'hui verront leur prix remonter. L'investisseur cumule alors un coupon élevé et une plus-value.

SituationEn 2020Fin septembre 2026
Rendement du 30 ans américainEntre 1 % et 1,5 %Proche de 6 %
Rendement du 10 ans américainInférieur à 1 %5,23 %
Protection contre une hausse des tauxQuasi nulleEnviron 65 pb sur un an (10 ans)
Potentiel en cas de baisse des tauxLimité (taux déjà au plancher)Significatif

Les leçons du krach obligataire pour un épargnant

La sécurité d'un émetteur ne protège pas du risque de taux

La première leçon est de distinguer la qualité de l'émetteur et le risque de l'investissement. Un emprunt d'État de premier rang peut perdre plus de la moitié de sa valeur sans le moindre défaut. Avant d'acheter une obligation ou un fonds obligataire, il faut connaître sa duration, et pas seulement la signature de l'émetteur.

La maturité doit correspondre à l'horizon

La deuxième leçon porte sur l'adéquation entre la durée du placement et l'horizon de l'investisseur. Une obligation longue convient à un capital qui n'aura pas à être mobilisé avant longtemps. Un besoin de liquidités à court terme impose des échéances courtes, faute de quoi l'investisseur s'expose à vendre au mauvais moment.

Raisonner en rendement réel

La troisième leçon est de raisonner après inflation. Un rendement nominal de 1 % paraissait sûr en 2020 ; il s'est révélé destructeur de pouvoir d'achat. À l'inverse, un rendement de plus de 5 % sur un emprunt d'État redevient positif en termes réels, ce qui change la place de l'obligation dans une allocation. C'est le principe exposé dans notre analyse du taux réel, la seule métrique qui protège vraiment l'épargne.

Ces arbitrages entre maturité, horizon et fiscalité se décident au cas par cas. C'est le rôle d'un conseiller en gestion de patrimoine à Bordeaux de les replacer dans l'ensemble d'un patrimoine plutôt que de les traiter isolément.

FAQ : le krach obligataire

Qu'est-ce qu'un krach obligataire ?

Un krach obligataire est une chute profonde du prix des obligations déjà émises, provoquée par une forte hausse des taux d'intérêt. Les anciennes obligations, qui versent un coupon plus faible que les nouvelles, doivent baisser de prix pour rester attractives. Depuis son sommet de 2020, le prix du 30 ans américain a ainsi perdu 60 %, hors coupons.

Pourquoi le prix des obligations américaines a-t-il chuté de 60 % ?

Le prix des obligations américaines à 30 ans a chuté de 60 % parce que les taux longs sont passés d'environ 1 à 1,5 % en 2020 à près de 6 % en 2026. Une obligation très longue émise avec un coupon faible a une duration élevée : chaque hausse des taux fait fortement baisser son prix. L'État américain n'a pourtant jamais cessé de payer ses coupons.

Une obligation d'État peut-elle faire perdre de l'argent ?

Une obligation d'État peut faire perdre de l'argent si elle est revendue avant son échéance après une hausse des taux. Le risque de défaut est faible pour les grands États, mais le risque de taux reste entier. Conservée jusqu'à l'échéance, elle est remboursée à sa valeur nominale, mais l'inflation peut entre-temps réduire fortement le pouvoir d'achat du capital.

Le krach obligataire touche-t-il le fonds euros de l'assurance-vie ?

Le krach obligataire touche le fonds euros de l'assurance-vie de manière indirecte. Les assureurs comptabilisent les obligations à leur valeur d'achat et garantissent le capital, donc l'épargnant ne voit pas de baisse de son épargne. L'effet se traduit plutôt par des rendements qui suivent la hausse des taux avec retard, car les anciennes obligations peu rémunératrices restent longtemps en portefeuille.

Faut-il acheter des obligations après un krach obligataire ?

Acheter des obligations après un krach obligataire peut être pertinent, car le rendement à l'achat est désormais élevé : 5,23 % sur le 10 ans américain fin septembre 2026. Ce coupon compense sur un an une hausse supplémentaire d'environ 65 points de base, et une détente des taux ferait remonter les prix. La décision dépend toutefois de l'horizon et du profil de chaque investisseur.

Cet article est une analyse de marché publiée à titre informatif et ne constitue pas une recommandation d'investissement. Investir comporte un risque de perte en capital, notamment en cas de nouvelle hausse des taux pour les obligations. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour toute décision adaptée à votre situation, consultez un conseiller en gestion de patrimoine.

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