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Droits de succession sans liquidités : fractionner ou vendre vite

Août 20, 2026 | Héritage - Succession

Le paiement fractionné des droits de succession est un crédit accordé par l'administration fiscale qui permet aux héritiers d'acquitter les droits en plusieurs versements semestriels au lieu d'un règlement unique au dépôt de la déclaration. Lorsque la succession comprend au moins 50 % de biens non liquides, la durée maximale passe d'un an à trois ans, avec sept versements.

Ce dispositif répond à un problème structurel du patrimoine français. Les Français détiennent leur richesse en immobilier, dans une proportion de l'ordre de 60 à 65 % du patrimoine transmis. L'impôt, lui, se paie en euros et dans les six mois. L'héritier se retrouve donc avec un actif qu'il ne peut pas mobiliser rapidement et une dette fiscale exigible à court terme.

Cet article détaille le fonctionnement du paiement fractionné et du paiement différé, leur coût réel en 2026, ce qu'ils changent concrètement sur le rapport de force lors d'une vente, et pourquoi la solution consistant à conserver et louer la maison de famille échoue plus souvent qu'elle ne réussit.

Source : cet article est tiré d'une interview avec Maître Adrien Chambrey, notaire, et Chauncey Schmitt, Directeur de la Gestion Privée chez Ingefii, dans l'épisode « Que faire après un décès : le parcours complet expliqué par un notaire » du podcast Ingefii.

Points clés à retenir

  • Trois ans et sept versements : la durée du fractionnement passe d'un an (trois versements) à trois ans (sept versements) quand au moins 50 % de l'actif successoral est composé de biens non liquides.
  • Le taux 2026 est de 2 %, contre 2,30 % en 2025, et il est ramené à 0,6 % pour certaines transmissions d'entreprise. Il est fixé lors de l'accord et reste inchangé pendant toute la durée du crédit.
  • Le paiement différé concerne les biens démembrés : les droits portant sur la nue-propriété sont réglés dans les six mois de la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété.
  • Une garantie est exigée, le plus souvent une hypothèque sur un bien de la succession, à présenter dans les quatre mois de l'accord.
  • L'intérêt principal n'est pas financier mais temporel : trois ans permettent de vendre dans des conditions normales plutôt que sous contrainte de calendrier.

Le problème : un patrimoine immobilier, un impôt liquide

Une asymétrie structurelle

La déclaration de succession doit être déposée dans les six mois du décès et les droits sont exigibles à ce moment-là. Cette règle suppose implicitement que les héritiers disposent de trésorerie. Or la composition du patrimoine français contredit cette hypothèse : l'immobilier reste le placement dominant, en particulier chez les générations qui transmettent aujourd'hui.

Le résultat est mécanique. Un héritier peut devoir plusieurs dizaines de milliers d'euros à l'administration tout en n'ayant reçu que des parts indivises dans une maison qu'il ne peut pas vendre en trois mois.

Ce que sont les biens non liquides

La réglementation définit précisément la catégorie ouvrant droit au délai allongé. Sont considérés comme non liquides notamment les immeubles, les fonds de commerce, les valeurs mobilières non cotées, ainsi que les objets d'antiquité, d'art ou de collection.

À l'inverse, les comptes bancaires, les livrets, les titres cotés et les capitaux d'assurance-vie versés aux bénéficiaires sont liquides. Un héritier qui reçoit à la fois une maison et un portefeuille important n'atteindra pas nécessairement le seuil de 50 %.

Le coût du retard, si l'on ne fait rien

Ne pas payer et laisser courir n'est pas une stratégie. L'intérêt de retard de 0,20 % par mois court à compter du premier jour suivant l'expiration du délai de six mois, soit 2,40 % par an. Une majoration de 10 % s'ajoute à compter du treizième mois suivant le décès, portée à 40 % si la déclaration n'est pas déposée après une mise en demeure.

Le fractionnement, lui, coûte 2 % par an en 2026 et n'entraîne aucune majoration. La comparaison est sans appel : demander un délai coûte moins cher que le subir.

Le paiement fractionné : conditions et fonctionnement

Combien de versements et sur quelle durée ?

Le régime de droit commun autorise le paiement en versements égaux espacés de six mois au maximum, sur une durée qui ne peut excéder un an. Le nombre de versements est donc limité à trois.

Ce délai maximal est porté à trois ans, avec sept versements au maximum, lorsque l'actif héréditaire comprend au moins 50 % de biens non liquides. C'est ce régime allongé qui intéresse la très grande majorité des successions immobilières.

RégimeDurée maximaleNombre de versementsCondition
Fractionnement de droit commun1 an3Aucune condition de composition
Fractionnement allongé3 ans7Au moins 50 % de biens non liquides
Transmission d'entreprise5 ans de différé puis 10 ans de fractionnementVersements semestrielsEntreprise individuelle ou titres de société non cotée sous conditions

Comment formuler la demande ?

La demande de crédit doit être expresse et présentée au moment du dépôt de la déclaration de succession, formulée au pied de la déclaration ou de l'acte. Elle n'est pas rétroactive : on ne demande pas un fractionnement plusieurs mois après avoir constaté qu'on ne peut pas payer.

Tous les héritiers concernés doivent être d'accord. Le premier versement intervient au dépôt de la déclaration, les suivants à intervalles de six mois au maximum.

La garantie exigée

L'administration accorde un crédit, elle demande donc une contrepartie. Une garantie doit être présentée, généralement une inscription hypothécaire sur un bien de la succession, parfois un nantissement ou une caution bancaire. Les héritiers disposent d'un délai de quatre mois après l'accord pour constituer cette garantie.

Cette formalité a un coût, notamment les frais d'inscription hypothécaire, qu'il faut intégrer au calcul global de l'opération.

Ce qui met fin au fractionnement

La cession du bien ayant justifié le régime entraîne en principe l'exigibilité immédiate du solde des droits restant dus. C'est logique : le motif du délai, l'absence de liquidité, a disparu. Un délai de tolérance d'un mois à compter de la cession est admis pour s'acquitter du solde.

Ce point est essentiel dans la construction du plan : si la vente est prévue au bout de dix-huit mois, il ne sert à rien de raisonner sur trois années complètes d'étalement.

Le paiement différé et les cas particuliers

Le différé pour les biens démembrés

Le paiement différé ne se confond pas avec le fractionnement. Il ne concerne que les successions comportant des biens démembrés. Les droits correspondant à la valeur imposable de la nue-propriété sont alors acquittés dans les six mois suivant la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété, c'est-à-dire au décès de l'usufruitier, ou lors de la cession des droits démembrés.

Ce différé est particulièrement pertinent lorsque le conjoint survivant recueille l'usufruit et les enfants la nue-propriété. Les enfants, qui n'ont aucune jouissance du bien, ne paient pas immédiatement les droits sur un actif dont ils ne perçoivent aucun revenu.

L'option sans intérêt

Une option permet de s'acquitter des droits différés sans intérêt, en contrepartie d'un élargissement de l'assiette taxable. Le calcul des droits se fait alors sur la valeur de la pleine propriété du bien plutôt que sur celle de la nue-propriété. Cette option est intéressante lorsque l'usufruitier est âgé et que la durée prévisible du différé est courte, mais elle devient coûteuse dans le cas inverse.

Le cas de la transmission d'entreprise

Lorsque la succession comprend une entreprise individuelle ou des titres de société non cotée dont l'activité est industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, un régime nettement plus favorable existe : un différé de cinq ans, suivi d'un fractionnement sur dix ans par versements semestriels. Le taux d'intérêt est réduit à 0,6 % en 2026.

Ce dispositif se combine avec les mécanismes d'exonération partielle applicables aux transmissions d'entreprise, dont l'articulation dépasse le cadre de cet article et se travaille en amont, avec le notaire et le conseil de l'entreprise.

Combien coûte réellement ce crédit fiscal

Le taux applicable en 2026

Le taux de base est de 2 % pour les demandes formulées depuis le 1er janvier 2026, contre 2,30 % en 2025. Le taux réduit applicable à certaines transmissions d'entreprise s'établit à 0,6 %, contre 0,7 % en 2025.

Ce taux n'est pas arbitraire : il est fixé chaque année sur la base du taux effectif moyen des crédits immobiliers pratiqués par les banques au quatrième trimestre de l'année précédente, réduit d'un tiers. La baisse de 2026 reflète donc mécaniquement l'évolution des conditions de financement observée en 2025, une dynamique analysée dans notre suivi des taux de crédit immobilier et de leur stabilité face aux décisions de la BCE.

Un exemple chiffré

Prenons 40 000 € de droits de succession, une succession composée à plus de 50 % d'immobilier, et un fractionnement sur trois ans en sept versements.

Chaque versement porte environ 5 715 € de capital, auxquels s'ajoutent les intérêts calculés sur le solde restant dû au taux de 2 %. Le coût total du crédit ressort à environ 1 200 € sur l'ensemble de la période. Rapporté à l'enjeu, une vente immobilière réalisée dans de mauvaises conditions, cette somme est marginale.

Comparer au crédit bancaire

Un taux de 2 % sur trois ans se compare favorablement à un prêt bancaire relais ou personnel, dont les conditions actuelles restent supérieures. L'avantage n'est cependant pas seulement tarifaire : le crédit fiscal ne nécessite pas d'analyse de solvabilité approfondie, ne consomme pas de capacité d'endettement auprès d'une banque et ne dépend pas d'un accord commercial.

Son inconvénient tient à la garantie exigée et à l'exigibilité immédiate du solde en cas de vente du bien concerné.

Ce que trois ans changent sur le rapport de force à la vente

La contrainte de calendrier détruit de la valeur

C'est l'argument central, et il est financier bien avant d'être juridique. Un vendeur contraint de trouver une somme importante en quelques semaines n'est pas dans la même position de négociation qu'un vendeur qui peut refuser une offre. L'acquéreur qui perçoit l'urgence ajuste son offre en conséquence.

Sur un bien à 400 000 €, une décote de 8 % consentie sous contrainte représente 32 000 €. C'est vingt-cinq fois le coût du fractionnement dans notre exemple précédent. La question n'est donc pas de savoir si le crédit fiscal coûte quelque chose, mais s'il coûte moins que la précipitation qu'il évite.

Le temps de commercialisation réel

Le délai moyen entre la mise en vente et la signature de l'acte authentique dépasse fréquemment six mois pour un bien standard, en intégrant la période de commercialisation, le délai de rétractation, l'instruction du financement de l'acquéreur et la purge des droits de préemption. Sur un bien atypique ou dans un marché peu liquide, ce délai s'allonge.

Vouloir vendre et encaisser dans la fenêtre des six mois post-décès relève donc de l'exception, pas de la règle. Le fractionnement ne fait que réaligner le calendrier fiscal sur le calendrier réel d'une transaction immobilière.

Le temps utile au-delà de la transaction

Trois ans permettent autre chose qu'une simple respiration commerciale. Ils permettent d'arbitrer sereinement entre les biens : lequel garder, lequel céder. Ils permettent aux héritiers de s'accorder plutôt que de trancher dans l'urgence. Et ils laissent le temps de faire son deuil, ce que le calendrier fiscal ignore par construction. Vendre la maison où l'on a grandi trois mois après un décès n'est pas la même opération que la vendre deux ans plus tard.

Conserver et louer : pourquoi cette solution échoue souvent

Le scénario classique

Face à la perspective de vendre la maison de famille, les héritiers formulent presque toujours la même alternative : la garder, la rénover, la mettre en location, éventuellement en location saisonnière si le secteur présente une attractivité touristique. L'intention est compréhensible et l'idée n'est pas absurde en soi. Elle échoue pourtant dans une majorité de cas, pour des raisons qui tiennent moins à l'immobilier qu'à la gouvernance.

Les trois causes d'échec

La première est la gouvernance indivise. Un héritier prend le lead, gère les travaux, les locataires, les impayés, la comptabilité. Les autres participent aux décisions mais pas au travail. Au bout de dix-huit à trente-six mois, celui qui gère se lasse, et la vente finit par intervenir de toute façon, mais avec une relation familiale abîmée.

La deuxième est économique. Un bien hérité n'a pas été acheté pour être loué. Sa localisation, sa configuration et son état correspondent à un usage familial, pas à un rendement locatif. Les travaux de mise aux normes, notamment énergétiques, viennent alourdir un rendement souvent médiocre, dans un contexte où 5 % de rendement brut ne suffisent plus à rentabiliser un investissement locatif.

La troisième est réglementaire. Les obligations pesant sur les bailleurs se sont durcies, notamment sur la performance énergétique des logements, et une maison familiale ancienne non rénovée peut se révéler difficile à louer légalement. Les contraintes applicables sont détaillées dans notre article sur la situation du bailleur face à la loi logement et aux passoires thermiques.

Le bon usage de cette période

Cela ne signifie pas qu'il faille renoncer d'emblée. Le fractionnement offre précisément la fenêtre permettant de tester l'hypothèse sans se mettre en risque : mettre le bien en location pendant dix-huit mois, mesurer le rendement net réel, observer la charge de gestion effective, puis décider. Ce test grandeur nature vaut mieux qu'un débat familial fondé sur des estimations.

Ce que le fractionnement permet d'éviter, c'est de trancher la question avant d'avoir les éléments pour y répondre.

Les alternatives et la méthode de décision

Les leviers disponibles

Le fractionnement n'est pas la seule option pour faire face aux droits. Selon la configuration, plusieurs leviers peuvent être combinés :

  • Les capitaux d'assurance-vie versés aux bénéficiaires, disponibles rapidement et hors succession civile, qui peuvent financer les droits d'autres actifs.
  • Le prêt bancaire adossé au bien hérité, lorsque la capacité d'emprunt le permet.
  • La vente d'un actif liquide de la succession, portefeuille de titres par exemple, plutôt que du bien immobilier.
  • La vente d'un bien secondaire moins chargé émotionnellement, en conservant le bien principal.
  • Le paiement différé lorsque la configuration démembrée le permet.

La séquence de décision

La méthode consiste à chiffrer avant d'arbitrer. Concrètement : établir le montant exact des droits, inventorier les liquidités disponibles dans et hors succession, mesurer l'écart, puis seulement choisir le levier. Ce chiffrage suppose que l'évaluation des biens soit stabilisée, ce qui renvoie à la question de l'évaluation d'un bien immobilier dans la déclaration de succession, puisqu'une valeur retenue trop basse pour minorer les droits se retourne à la revente.

L'erreur à ne pas commettre

L'erreur la plus fréquente consiste à ne rien demander, à laisser passer le délai de six mois et à découvrir les pénalités. Le fractionnement doit être sollicité au dépôt de la déclaration, pas après. Une fois le délai expiré, la porte du crédit fiscal se referme et seuls les intérêts de retard et les majorations s'appliquent.

FAQ – Payer les droits de succession sans liquidités

Comment payer les droits de succession quand on n'a pas d'argent ?

La demande de paiement fractionné, formulée au dépôt de la déclaration de succession, permet d'étaler les droits sur un an en trois versements, ou sur trois ans en sept versements si la succession comprend au moins 50 % de biens non liquides. Le taux d'intérêt est de 2 % en 2026. Une garantie, le plus souvent une hypothèque, doit être constituée dans les quatre mois de l'accord.

Quel est le taux du paiement fractionné en 2026 ?

Le taux de base est de 2 % pour les demandes formulées depuis le 1er janvier 2026, contre 2,30 % en 2025. Il est ramené à 0,6 % pour certaines transmissions d'entreprise. Ce taux est déterminé chaque année à partir du taux moyen des crédits immobiliers du quatrième trimestre précédent, réduit d'un tiers, et il reste fixe pendant toute la durée du crédit accordé.

Que se passe-t-il si on vend le bien pendant le fractionnement ?

La vente du bien ayant justifié le régime de faveur entraîne en principe l'exigibilité immédiate du solde des droits restant dus, puisque la condition d'illiquidité a disparu. Un délai de tolérance d'un mois à compter de la cession est admis pour régler ce solde. Il faut donc calibrer la demande de fractionnement en tenant compte du calendrier de vente envisagé.

Le paiement différé et le paiement fractionné sont-ils cumulables ?

Ce sont deux mécanismes distincts qui répondent à des situations différentes. Le différé concerne les droits portant sur des biens démembrés et reporte le paiement jusqu'à la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété. Le fractionnement étale le paiement dans le temps. Une succession comportant à la fois des biens démembrés et des biens en pleine propriété peut relever des deux régimes selon les actifs concernés.

Faut-il l'accord de tous les héritiers pour fractionner ?

Oui, la demande suppose l'accord des héritiers concernés, et la garantie porte généralement sur un bien de la succession, ce qui implique une décision collective. C'est l'un des points de friction classiques des successions en indivision : un héritier disposant de liquidités peut vouloir solder immédiatement sa part quand un autre a besoin du délai. Ce sujet gagne à être abordé tôt avec le notaire.

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Pour toute situation spécifique, nous vous recommandons de consulter un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine.

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